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<journal-title>Conversations Across the Field of Dance Studies</journal-title>
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<publisher-name>Michigan Publishing</publisher-name>
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<article-title>Du corps danseur &#224; l&#8217;&#202;tre &#233;crivain : Repr&#233;senter les danses afrodescendantes dans le Spiralisme litt&#233;raire</article-title>
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<surname>Massy-Paoli</surname>
<given-names>Claire</given-names>
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<pub-date publication-format="electronic" date-type="pub" iso-8601-date="2025-11-27">
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<volume>44</volume>
<fpage>198</fpage>
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<abstract>
<p>Que se passe-t-il du c&#244;t&#233; des esclaves, pendant la Nuit, quand le ma&#238;tre s&#8217;est finalement &#233;loign&#233; et que le conteur prend sa place ? Dans les Am&#233;riques au c&#339;ur de la p&#233;riode esclavagiste, et en particulier dans les Cara&#239;bes, c&#8217;est le moment de la lawonn [la ronde], le moment des tambours, des chants, des r&#233;cits et aussi de la danse. Le ma&#238;tre en a peur et interdit les tambours, mais les esclaves continuent, co&#251;te que co&#251;te. Ils ne font &#171; que danser &#187;, pourtant c&#8217;est bien autre chose qui se passe : une force de vie incroyable, qui les pousse &#224; se mouvoir et faire des gestes interdits, en d&#233;pit du pass&#233; de la &#171; Nuit &#187; de la cale et de toutes les nuits des journ&#233;es de travail dans les plantations. On s&#8217;aventurera ici dans les textes de plusieurs &#233;crivains carib&#233;ens de langue fran&#231;aise pour voir comment l&#8217;&#233;criture litt&#233;raire s&#8217;int&#233;resse &#224; la danse et montre le corps dansant. En Ha&#239;ti, Frank&#233;tienne (1936&#8211;2025) donne &#224; cette force d&#8217;&#233;mancipation des esclaves le nom de &#171; spiralisme &#187; dans une exploration &#224; la fois th&#233;orique et po&#233;tique s&#8217;inspirant des danses ancestrales afrodescendantes pr&#233;serv&#233;es chez les personnes mises en esclavage. De Frank&#233;tienne &#224; Chamoiseau, la spirale est donc imm&#233;diatement associ&#233;e &#224; la danse et au mouvement, menant &#224; une lib&#233;ration du corps. Si de la spirale na&#238;t la danse, et de la danse la spirale, l&#8217;&#233;criture litt&#233;raire peut-elle alors reproduire cette m&#234;me force spiralaire de la danse pour une lib&#233;ration finale, m&#234;lant les deux arts ?</p>
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<kwd>danse</kwd>
<kwd>spirale</kwd>
<kwd>Martinique</kwd>
<kwd>Ha&#239;ti</kwd>
<kwd>Francophonie</kwd>
<kwd>Patrick Chamoiseau</kwd>
<kwd>esth&#233;tique</kwd>
<kwd>texte</kwd>
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<disp-quote>
<p>&#171; J&#8217;&#233;tais comme ces esclaves-danseurs, livr&#233;s aux arabesques d&#8217;une m&#233;moire &#187;</p>
<p><styled-content style="text-align: right; display: block">&#8212;Patrick Chamoiseau, <italic>&#201;crire en pays domin&#233;</italic>, page 233.</styled-content></p>
</disp-quote>
<p>Que se passe-t-il du c&#244;t&#233; des esclaves, pendant la Nuit, quand le ma&#238;tre s&#8217;est finalement &#233;loign&#233; et que le conteur prend sa place ? Dans les Am&#233;riques au c&#339;ur de la p&#233;riode esclavagiste, et en particulier dans les Cara&#239;bes, c&#8217;est le moment de la <italic>lawonn</italic> [la ronde], le moment des tambours, des chants, des r&#233;cits et aussi de la danse. Le ma&#238;tre en a peur et interdit les tambours,<xref ref-type="fn" rid="n1">1</xref> mais les esclaves continuent, co&#251;te que co&#251;te. Ils ne font &#171; que danser &#187;, pourtant c&#8217;est bien autre chose qui se passe : une force de vie incroyable, qui les pousse &#224; se mouvoir et faire des gestes interdits, en d&#233;pit du passage de la &#171; Nuit &#187; de la cale et de toutes les nuits des journ&#233;es de travail dans les plantations. On s&#8217;aventurera ici dans les textes de plusieurs &#233;crivains carib&#233;ens de langue fran&#231;aise pour voir comment l&#8217;&#233;criture litt&#233;raire s&#8217;int&#233;resse &#224; la danse et montre le corps dansant. En prenant une perspective po&#233;tique sur la danse, on interrogera la place de l&#8217;esclave dans le temps long des plantations tel que vu en litt&#233;rature, et on tentera de saisir ce moment pr&#233;cis o&#249; le corps et les mots ne font plus partie de deux r&#233;alit&#233;s s&#233;par&#233;es, mais convergent vers un corps qui parle, et surtout qui chante la libert&#233;, quand les mots se mettent &#224; danser.</p>
<p>Parler et &#233;crire la danse n&#8217;est jamais facile, mais l&#8217;espace litt&#233;raire francophone Carib&#233;en semble s&#8217;y &#234;tre consacr&#233; d&#8217;une mani&#232;re bien particuli&#232;re (<xref ref-type="bibr" rid="B2">Bernab&#233; Chamoiseau Confiant 1989</xref>), en donnant aux danses afrodescendantes une place &#224; mi-chemin entre la description et le r&#234;ve, invitant &#224; un nouveau genre de &#171; chor&#233;-graphie &#187;. L&#8217;&#233;crivain martiniquais Patrick Chamoiseau (1953&#8211;), disciple d&#8217;Edouard Glissant (1928&#8211;2011), a ainsi centr&#233; ses textes sur l&#8217;&#233;criture de l&#8217;esclavage dans un contexte &#224; la fois colonial et post-colonial de langue fran&#231;aise (<xref ref-type="bibr" rid="B3">Bonilla 2015</xref>), et s&#8217;est en particulier int&#233;ress&#233; &#224; ce moment o&#249; les esclaves dansent. Dans <italic>L&#8217;esclave vieil homme et le molosse</italic> (<xref ref-type="bibr" rid="B8">1997</xref>), Patrick Chamoiseau suit le parcours d&#8217;un &#171; marron &#187;<xref ref-type="fn" rid="n2">2</xref>, vieil homme - esclave &#233;chapp&#233; de la plantation esclavagiste qui se perd dans les bois, poursuivi par le ma&#238;tre et son molosse, et qui subit une ultime transsubstantiation (devenant danseur, homme et &#233;crivain) &#224; la rencontre d&#8217;une pierre autochtones des Am&#233;riques. Dans ce texte &#224; mi-chemin entre roman et po&#233;sie, la Nuit devient une m&#233;taphore des bois, de la libert&#233;, et de l&#8217;exp&#233;rience cr&#233;ative; Patrick Chamoiseau revient alors sur cette exp&#233;rience de la Nuit et de la danse dans deux textes plus th&#233;oriques, &#201;crire en pays domin&#233; (<xref ref-type="bibr" rid="B6">1997</xref>) et <italic>Le conteur, la nuit et le panier</italic> (<xref ref-type="bibr" rid="B7">2021</xref>) qui lui permettent de d&#233;velopper des &#233;l&#233;ments plus politiques dans le premier (l&#8217;&#233;criture devient un espace de lib&#233;ration dans l&#8217;espace colonis&#233;), et esth&#233;tiques dans le second (place de la danse et de la musique dans les Cara&#239;bes et la lib&#233;ration des esclaves). A partir de ces trois textes de Patrick Chamoiseau, cette &#233;tude propose de s&#8217;immerger dans le monde linguistique et intellectuel de la litt&#233;rature Carib&#233;enne de langue fran&#231;aise (<xref ref-type="bibr" rid="B19">Glover 2008</xref>) pour penser &#224; la danse comme une incarnation litt&#233;raire du Spiralisme.</p>
<p>En Ha&#239;ti, dans un terre au lourd pass&#233; esclavagiste, <xref ref-type="bibr" rid="B12">Frank&#233;tienne</xref> (1936&#8211;2025) invente le &#171; Spiralisme &#187; comme un mouvement litt&#233;raire utilisant l&#8217;image de la spirale comme m&#233;taphore de la force vitale (<xref ref-type="bibr" rid="B21">Kauss 2007</xref>). Les po&#232;tes spiralistes se sont alors lanc&#233; dans une exploration &#224; la fois th&#233;orique et po&#233;tique se d&#233;roulant dans deux textes principaux : <italic>L&#8217;Oiseau schizophone</italic> (<xref ref-type="bibr" rid="B13">1998</xref>) et <italic>Ultravocal</italic> (<xref ref-type="bibr" rid="B14">2004</xref>). Pour Frank&#233;tienne, dans un contexte d&#8217;oppression allant du r&#233;gime dictatorial au pass&#233; esclavagiste, la spirale agit comme une respiration, une dynamique d&#8217;une intensit&#233; esth&#233;tique, physique et politique tout &#224; la fois, port&#233;e par deux &#233;l&#233;ments essentiels : le chaos et le mouvement. En s&#8217;inspirant des danses ancestrales afrodescendantes pr&#233;serv&#233;es chez les personnes mises en esclavage, Frank&#233;tienne se saisit de la forme de la spirale non pas comme n&#8217;importe quel objet g&#233;om&#233;trique, mais s&#8217;inscrit dans le cadre de la g&#233;om&#233;trie dite fractale, que l&#8217;on peut d&#233;finir comme le fait le math&#233;maticien Benoit Mandelbrot : &#171; A l&#8217;origine, la g&#233;om&#233;trie fractale &#233;tait une g&#233;om&#233;trie de la nature qui faisait appel de fa&#231;on constante au chaos statistique. Mais &#224; l&#8217;usage son r&#244;le s&#8217;est &#233;norm&#233;ment &#233;tendu. C&#8217;est une g&#233;om&#233;trie de la nature, et c&#8217;est une g&#233;om&#233;trie du chaos. &#187; (<xref ref-type="bibr" rid="B23">Mandelbrot 1995, 188</xref>). Dans le cadre afrodescendant des Cara&#239;bes, la forme g&#233;om&#233;trique de la spirale dans la danse est donc intrins&#232;quement li&#233;e &#224; la nature et &#224; son expression sous la forme du chaos (<xref ref-type="bibr" rid="B1">Az&#233;rad 2017</xref>)<xref ref-type="fn" rid="n3">3</xref> que l&#8217;auteur Ha&#239;tien d&#233;crit pourtant de mani&#232;re positive dans la revue <italic>D&#233;rives</italic> : &#171; Il y a un chaos qui est f&#233;cond. &#187; (<xref ref-type="bibr" rid="B20">1986/1987</xref>). Face &#224; l&#8217;immobilit&#233;, le chaos appara&#238;t alors comme une source de mouvement dans&#233; (<xref ref-type="bibr" rid="B25">Murdoch 2021</xref>), une condition essentielle &#224; la fois de l&#8217;&#233;mergence d&#8217;une force lib&#233;ratrice face &#224; l&#8217;esclavage et d&#8217;un courant litt&#233;raire et esth&#233;tique, le Spiralisme<xref ref-type="fn" rid="n4">4</xref>.</p>
<p>D&#8217;une Cara&#239;be &#224; l&#8217;autre, on sugg&#232;rera que Patrick Chamoiseau se prend &#224; jouer avec la spirale telle que d&#233;finie par Frank&#233;tienne, en revenant &#224; la fois &#224; ses origines afrodescendantes (<xref ref-type="bibr" rid="B26">Sloat 2010</xref>) et &#224; sa forme g&#233;om&#233;trique bien pr&#233;sente dans la danse : &#171; Comme dans le <italic>Cahier</italic><xref ref-type="fn" rid="n5">5</xref>, danseur, tanbouy&#233;, chanteur, conteur chevauchent une spirale qui s&#8217;effondre puis qui monte. &#187; (<italic>Le conteur la nuit et le panier</italic> 165). De Frank&#233;tienne &#224; Chamoiseau, la spirale est donc imm&#233;diatement associ&#233;e &#224; la danse et au mouvement, menant &#224; une lib&#233;ration du corps. Si de la spirale na&#238;t la danse, et de la danse la spirale, l&#8217;&#233;criture litt&#233;raire peut-elle alors reproduire cette m&#234;me force spiralaire de la danse pour une lib&#233;ration finale, m&#234;lant les deux arts? En suivant les textes litt&#233;raires de Patrick Chamoiseau, Edouard Glissant, et Frank&#233;tienne, on s&#8217;int&#233;ressera tout d&#8217;abord &#224; la fa&#231;on dont la litt&#233;rature montre la place historique de la danse dans la plantation, et &#224; l&#8217;importance de celle-ci dans lib&#233;ration des corps esclavagis&#233;. Puis on discutera des possibilit&#233;s po&#233;tiques de &#171; sortir du cercle &#187; de la Nuit dans une perspective plus sp&#233;cifiquement stylistique litt&#233;raire. Une derni&#232;re partie permettra de revenir sur le potentiel po&#233;tique de l&#8217;&#233;criture carib&#233;enne comme lieu de danse, et de lib&#233;ration.</p>
<sec>
<title>1. Danse spiralaire et lib&#233;ration des corps</title>
<p>Historiquement, dans le monde de l&#8217; &#171; Habitation, &#187;<xref ref-type="fn" rid="n6">6</xref> le corps de l&#8217;esclave est d&#233;pendant du syst&#232;me social et organisationnel esclavagiste. Ayant d&#233;j&#224; subi la cale puis la vente, la d&#233;shumanisation v&#233;cue donne une valeur soudaine au corps de l&#8217;esclave lui-m&#234;me. Avant d&#8217;&#234;tre un homme, l&#8217;esclave est vu comme un corps qui travaille, et l&#8217;esclave doit subir ce &#171; travail &#187; qui dirige son corps d&#8217;une action &#224; une autre. Pourtant, l&#8217;esclave se d&#233;veloppe aussi tr&#232;s rapidement un autre monde, celui de la Nuit, o&#249; le corps peut devenir autre. Dans ses textes litt&#233;raires, Patrick Chamoiseau imagine ce concept &#224; partir des d&#233;finitions d&#8217;Edouard Glissant, <italic>Po&#233;tique de la Relation</italic> (<xref ref-type="bibr" rid="B17">1990</xref>), la &#171; Nuit &#187; correspondant au moment nocturne de la veill&#233;e et des chants dans les plantations esclavagistes. La Nuit repr&#233;sente en effet &#224; la fois le moment d&#8217;arr&#234;t du travail (la nuit par rapport au jour) et un moment de libert&#233; (loin des ma&#238;tres blancs) o&#249; tout est possible pour les esclaves. Patrick Chamoiseau d&#233;crit alors ce moment de transition entre le jour et la nuit dans <italic>&#201;crire en pays domin&#233;</italic> :</p>
<disp-quote>
<p>Le travail tient la conscience du soleil-lev&#233; au soleil-d&#233;pos&#233;. Apr&#232;s les harassements du champ, on s&#8217;active sous la lune aux grag&#233;es du manioc ou aux interminables. Fatigues engourdissent l&#8217;&#202;tre. [&#8230;] Parfois, elle d&#233;faille ou se rompt (suicide nocturne ou d&#233;sespoir bris&#233; contre la p&#233;tarde du Ma&#238;tre) mais le plus souvent elle demeure soud&#233;e aux assises du corps. C&#8217;est le corps l&#8217;arc majeur. Chaque miette de ses chairs re&#231;oit des app&#233;tences de vie. La voix reste muette mais le corps danse. Danser. Danser. Ce corps ultime dans lequel on s&#8217;&#233;choue tout entier. (154)</p>
</disp-quote>
<p>Dans les descriptions litt&#233;raires de Patrick Chamoiseau, pour l&#8217;esclave c&#8217;est pendant la Nuit que le corps qui travaille se transforme en corps qui danse : il reste un corps mais acqui&#232;re une autre fonction que celle du travail esclavagiste (<xref ref-type="bibr" rid="B11">Foucault 1975</xref>). Loin encore d&#8217;une r&#233;elle r&#233;volution, cette &#233;tape essentielle fait du corps un &#233;tant, ind&#233;pendamment de ce que l&#8217;esclavage veut en faire. Dans un mouvement dialectique, c&#8217;est alors la danse qui irrigue l&#8217;espace du travail, le corps devenant un corps danseur m&#234;me dans l&#8217;espace codifi&#233; et r&#233;gl&#233; du travail du jour esclavagiste :</p>
<disp-quote>
<p>Si la danse est permise, on la soutiendra avec tambours ou des rythmiques de bouche, de pieds, de mains. Si elle est interdite, on la r&#233;fugiera dans un loin qui ne laissera filtrer qu&#8217;une tremblade du vent. Et on dansera, dansera. On dansera durant le labourage des champs. On dansera en retour. On dansera aux veill&#233;es de travail. (ibid.)</p>
</disp-quote>
<p>Partant du pr&#233;sent et de l&#8217;infinitif de l&#8217;action, Patrick Chamoiseau passe au futur en d&#233;rivation : on &#171; danse &#187; et on &#171; dansera &#187;, par tous les temps. L&#8217;esclave n&#8217;<italic>est</italic> plus seulement &#171; un &#187; corps, mais <italic>poss&#232;de</italic> son propre corps, et peut le diriger et le faire danser.</p>
<p>L&#8217;esclave rena&#238;t dans le r&#233;el, dans un mouvement qui prend sa source du Spiralisme de Frank&#233;tienne. Comme le po&#232;te ha&#239;tien d&#233;crit la spirale, en reposs&#233;dant son corps, l&#8217;esclave semble en effet m&#234;me &#171; essayer d&#8217;&#234;tre en mouvement en m&#234;me temps que le r&#233;el, s&#8217;embarquer dans le r&#233;el, ne pas rester au-dehors du r&#233;el, mais s&#8217;embarquer dans le m&#234;me train. &#187; L&#8217;esclave se rapproche du r&#233;el en retrouvant le rythme et le mouvement dans la danse, et face &#224; l&#8217;immobilit&#233; esth&#233;tique du travail forc&#233; de l&#8217;esclavage, la danse spiralaire offre alors le mouvement et la dynamique d&#8217;un chaos essentiel (<xref ref-type="bibr" rid="B9">Chamoiseau et Morgan 2008</xref>). Entre la d&#233;shumanisation de l&#8217;esclavage et le chaos de la spirale il n&#8217;y a alors qu&#8217;un pas (de danse), et c&#8217;est la Nuit qui joue ce r&#244;le de permutation chez Patrick Chamoiseau comme il le d&#233;crit dans <italic>&#201;crire</italic> en <italic>pays domin&#233;</italic> :</p>
<disp-quote>
<p>Ses rythmes [du tambour] y servaient - dans une ambigu&#239;t&#233; ind&#233;m&#234;lable - les int&#233;r&#234;ts du Ma&#238;tre et la reconstruction des corps esclaves bris&#233;s. La m&#233;moire de ces corps remonte par bribes. Elle n&#8217;est pas continue. Elle est bris&#233;e aussi. S&#233;quentielle. H&#233;t&#233;rog&#232;ne. Polyrythmique. [&#8230;] Gr&#226;ce aux rythmes, la personne &#233;touff&#233;e dans l&#8217;esclave &#233;merge. (156&#8211;157)</p>
</disp-quote>
<p>Dans la plantation de Patrick Chamoiseau, on danse pendant la nuit sur la musique des tambours et de la polyrythmie dans un chaos spontan&#233; et lib&#233;rateur. Du chaos de la Nuit de la cale, le corps de l&#8217;esclave &#233;merge litt&#233;rairement comme danseur et en-de&#231;&#224; du corps, comme personne.</p>
<p>En &#233;criture, cette pr&#233;sence du corps danseur implique en effet tr&#232;s vite la pr&#233;sence ou r&#233;v&#233;lation d&#8217;une personne de l&#8217;esclave, comme un &#234;tre-danseur : &#171; L&#8217;&#202;tre revient dans la danse [&#8230;] tout s&#8217;&#233;labore par le geste dans le geste. Dans ce formidable silo qu&#8217;est le corps qui se rappelle par la secousse du vivre. &#187; (ibid.). Comme le dit Patrick Chamoiseau dans <italic>Le conteur, la nuit et le panier</italic>, c&#8217;est par le geste premier que vient l&#8217;&#234;tre. L&#8217;esclave passe donc d&#8217;un corps domin&#233; &#224; un corps &#224; l&#8217;origine de l&#8217;&#234;tre, puisqu&#8217;il se r&#233;invente comme &#234;tre dansant : &#171; Avec ses mains, avec ses membres, avec ses coudes, avec ses jambes, avec un rythme secret, avec une volont&#233;, avec une intention, il sculpte en lui et autour de lui le canevas d&#8217;une autre existence &#187; (171). En d&#8217;autres mots, le geste permet de donner un autre sens aux mouvements<xref ref-type="fn" rid="n7">7</xref>. Le mouvement sculpte alors le corps lui-m&#234;me, mais aussi ses actions, faisant du danseur un &#234;tre autre que l&#8217;esclave produit par l&#8217;esclavage. Le corps danse, mais surtout l&#8217;&#234;tre danse. Chez Patrick Chamoiseau, mais surtout en esclavage tel que vu dans ces textes litt&#233;raires, la danse devient une vocation ontologique qui permet de (re)construire l&#8217;esclave en tant qu&#8217;homme. Lorsque la nuit arrive dans la plantation, la spirale prend l&#8217;esclave dans une danse chaotique qui le r&#233;v&#232;le &#224; lui-m&#234;me, comme corps mais aussi comme &#234;tre. Force vitale et force cr&#233;atrice, la spirale invite alors &#224; sortir du cercle et &#224; continuer cette r&#233;v&#233;lation plus loin, dans un ailleurs corporel mais aussi spirituel. &#171; L&#8217;&#339;uvre spirale est constamment en mouvement &#187; dit Frank&#233;tienne (<xref ref-type="bibr" rid="B20">1986</xref>), car si l&#8217;on ne s&#8217;arr&#234;te pas lorsqu&#8217;on <italic>danse</italic> avec la spirale, on ne s&#8217;arr&#234;te pas non plus quand on <italic>est</italic> avec la spirale.</p>
</sec>
<sec>
<title>2. Transsubstantiation</title>
<p>Dans les textes litt&#233;raires de Patrick Chamoiseau, l&#8217;&#233;mergence de l&#8217;&#234;tre de l&#8217;esclave passe d&#8217;abord par une certaine mort symbolique, menant &#224; l&#8217;&#233;mergence de l&#8217;&#234;tre humain occult&#233; par l&#8217;esclavage comme il le montre dans <italic>Le conteur, la nuit et le panier</italic> : &#171; Pour un cr&#233;ateur, cette mort-r&#233;sistance peut se faire symbolique. / Elle peut s&#8217;&#233;riger en lieu d&#8217;une renaissance. / Elle est un effondrement qui, dans son mouvement m&#234;me, se fait &#233;l&#233;vation. / [&#8230;] Le danseur danse avec la mort, il danse avec sa propre mort. &#187; (171) Alors que l&#8217;esclave danse, cette mort symbolique garde pourtant la &#171; f&#233;condit&#233; &#187; de la spirale en donnant lieu &#224; une imm&#233;diate renaissance : une &#233;l&#233;vation, qui est en r&#233;alit&#233; lib&#233;ration. Dans <italic>L&#8217;esclave vieil homme et le molosse</italic>, Patrick Chamoiseau d&#233;crit pr&#233;cis&#233;ment ce ph&#233;nom&#232;ne de mort lib&#233;ratrice en s&#8217;int&#233;ressant &#224; un esclave dit &#171; marron &#187;, enfui d&#8217;une plantation. Dans ce moment de mort spiralaire, danse ultime avec la pierre autochtone des Am&#233;riques rencontr&#233;e pendant sa fuite, l&#8217;esclave de <italic>L&#8217;esclave vieil homme et le molosse</italic> reposs&#232;de non seulement son corps mais aussi un &#171; je &#187; existentiel et syntaxique (135). Imm&#233;diatement, c&#8217;est un chaos spiralaire qui se r&#233;alise : &#171; Une danse de c&#233;l&#233;bration int&#233;rieure se d&#233;clenche. [&#8230;] Destructions des limites&#8230; <italic>C&#233;l&#233;brations! C&#233;l&#233;brations!</italic> Je suis content, seigneur des danses. &#187; (ibid.) En rencontrant la pierre, l&#8217;esclave est en effet soudain entr&#233; dans un &#171; cercle des flammes &#187; pour se laisser entra&#238;ner dans une &#171; danse de c&#233;l&#233;bration int&#233;rieure &#187; qui le fait homme par la danse. Arrivant &#224; la fin de l&#8217;organisme narratif, cette danse est tout &#224; fait singuli&#232;re dans le r&#233;cit puisque l&#8217;esclave a jusqu&#8217;alors refus&#233; de se laisser entra&#238;ner dans la danse. Plus pr&#233;cis&#233;ment, chez Patrick Chamoiseau c&#8217;est lorsqu&#8217;il &#233;tait dans l&#8217;Habitation il refusait constamment de rejoindre le groupe des esclaves et la lawonn : &#171; On ne le voit pas danser lors des soirs de veill&#233;e. [&#8230;] Il demeure dans son coin, des ann&#233;es durant, su&#231;ant une pipe de tabac-macouba dont l&#8217;incendie s&#233;v&#232;re lui sculpte la figure. Certains danseurs et tambouy&#233;s lui reprochent son apathie &#187; (41). Dans le r&#233;cit, on comprend que lorsqu&#8217;il &#233;tait dans la plantation, le vieil homme ne voulait pas danser et se refusait v&#233;ritablement &#224; la danse, dans une attitude de r&#233;sistance qui appara&#238;t presque comme surprenante : l&#8217;esclave se refusait en fait &#224; entrer dans la lawonn, et dans le cercle,<xref ref-type="fn" rid="n8">8</xref> or justement, c&#8217;est avec son marronage que l&#8217;esclave se dirige pr&#233;cis&#233;ment loin du cercle.</p>
<p>Frank&#233;tienne d&#233;finit ainsi le cercle en opposition &#224; la spirale : &#171; La spirale est comme une respiration. Spirale signifie <italic>vie</italic> par opposition au cercle qui, selon moi, traduit la mort. &#187; (<xref ref-type="bibr" rid="B20">Jonassaint 1986</xref>) Paradoxalement, Frank&#233;tienne utilise ici l&#8217;un des &#233;l&#233;ments caract&#233;ristiques de relation &#224; l&#8217;Africanit&#233;, et propose de red&#233;finir le cercle comme un &#233;l&#233;ment n&#233;cessaire &#224; une premi&#232;re lib&#233;ration, mais non suffisante.<xref ref-type="fn" rid="n9">9</xref> Pour Frank&#233;tienne, le cercle n&#8217;est pas uniquement l&#8217;&#233;l&#233;ment caract&#233;ristique de la Nuit, puis de toute la diaspora Africaine (<xref ref-type="bibr" rid="B10">Daniel 2011</xref>) mais bien une forme qui reste li&#233;e &#224; un certain cadre, celui de la plantation. Sous les mots de Frank&#233;tienne, le cercle se r&#233;invente ainsi comme une spirale &#8211; un cercle en mouvement, ouvert. En marronnant, l&#8217;esclave est donc parti &#224; la fois de la plantation, et de son cercle : il a rejoint une danse spiralaire et devient libre.</p>
<p>Dans l&#8217;&#233;criture de Patrick Chamoiseau et la voix des esclaves qu&#8217;il repr&#233;sente, le marronnage est d&#233;crit dans un vocabulaire bien particulier : &#171; C&#8217;est un tel qui a &#233;chapp&#233; son corps &#187; &#233;crit-il dans <italic>L&#8217;esclave vieil homme et le molosse</italic> (28). Le corps a &#171; &#233;chapp&#233; &#187;, il est sorti du cercle et du groupe pour s&#8217;enfuir et &#234;tre libre, comme l&#8217;emploi de l&#8217;auxiliaire actif le montre. Or dans le cadre du texte l&#8217;esclave doit malgr&#233; tout passer par une mort symbolique, menant &#224; la danse. Edouard Glissant identifie narrativement cette m&#234;me danse dans le d&#233;but de <italic>Malemort</italic> par son &#171; Dlan est porteur dans une descente de corps &#187; (<xref ref-type="bibr" rid="B16">Glissant 1975, 13</xref>), avec un incipit montrant la port&#233;e du corps mort lors d&#8217;un enterrement (&#233;l&#233;ment absent du r&#233;cit de Patrick Chamoiseau). Malgr&#233; l&#8217;&#233;vidente &#171; opacit&#233; &#187;<xref ref-type="fn" rid="n10">10</xref> des lignes suivantes dans le texte de Glissant, on arrive malgr&#233; tout &#224; distinguer &#224; la lecture une sc&#232;ne de cort&#232;ge fun&#233;raire o&#249; les porteurs portent un un suppos&#233; cadavre qui pourtant danse. &#171; <italic>Il danse, je te dis qu&#8217;il danse!</italic> &#187; (ibid., 15) revient ainsi dans les psalmodies anaphoriques des porteurs, mais aussi dans la description du corps car m&#234;me mort ce corps est d&#233;crit par ses &#171; d&#233;hanchements &#187; et son &#171; corps mouvant &#187;. Edouard Glissant introduit alors un autre &#233;l&#233;ment : le corps est en mouvement spiralaire (&#171; il filait en rondes &#187;) et cherche &#224; s&#8217;&#233;chapper de nouveau de la ronde : &#171; il tombait au long du cort&#232;ge, attendant d&#8217;y &#234;tre appel&#233;. Il tombait. &#187; (ibid.). Entre la hauteur des porteurs et le corps, la chute &#233;voque la volont&#233; de sortir du rang, avec un autre mouvement r&#233;p&#233;titif source de forces paradoxales : &#171; La jambe tendue redressait le mouvement, avant que le corps - ou l&#8217;esprit - sans retenue plan&#226;t sur cette sorte de Haut-Plateau, aventur&#233; corps-esprit hors de lui-m&#234;me [&#8230;] l&#8217;autre jambe, cr&#233;ation lourde s&#8217;arrachant de son plasma originel, venait jeter le corps vers une autre d&#233;clive [&#8230;] Tombant roulant. &#187; (ibid.). En quelques mots, Edouard Glissant indique un mouvement intens&#233;ment physique, avec une jambe<xref ref-type="fn" rid="n11">11</xref> qui continue &#224; bouger, &#224; danser, &#224; r&#233;sister.</p>
<p>Le &#171; corps-esprit &#187; montre aussi que la danse n&#8217;est plus uniquement une action physique, mais qu&#8217;elle se transf&#232;re &#224; &#171; l&#8217;esprit &#187; c&#8217;est-&#224;-dire &#224; une autre r&#233;alit&#233; : &#171; ce corps unique balan&#231;ait au rythme de la danse r&#233;elle qui aidait &#224; d&#233;valer le chemin mais permettait aussi d&#8217;imaginer la danse r&#234;v&#233;e &#187; (ibid.). Entre la &#171; danse r&#233;elle &#187; et la &#171; danse r&#234;v&#233;e &#187;, le corps se transforme, et la danse devient multiple. La &#171; ronde des suppl&#233;ants &#187; (ibid.) doit alors &#171; faire avec &#187; ce corps qui part de la ronde et s&#8217;imagine en spirale, avec une alliance du corps et de l&#8217;esprit qui se retrouve chez Patrick Chamoiseau dans <italic>Le Conteur la nuit et le panier</italic> :</p>
<disp-quote>
<p>Le jaillissement &#233;motionnel, cette forge cr&#233;atrice &#224; laquelle ont recours les artistes, est autant une ouverture de l&#8217;esprit qu&#8217;une ouverture du corps, ou mieux : lib&#233;ration de l&#8217;esprit, lib&#233;ration du corps. Une ouverture aux potentialit&#233;s d&#8217;une alliance de l&#8217;esprit et du corps. [&#8230;] Ce trouble est une &#171; mise-en-mouvement. &#187; (174)</p>
</disp-quote>
<p>La cr&#233;ation semble ici se nourrir d&#8217;une double r&#233;alit&#233; : physiques et mentaux, le corps et l&#8217;esprit se transcendent. A la fois ouverture et jaillissement, la spirale se &#171; met en mouvement &#187;, et s&#8217;active, agissant alors non seulement sur une lib&#233;ration du corps par la danse (<xref ref-type="bibr" rid="B27">Smith 2019</xref>), mais aussi sur le fait de danser entre les langues et les sens pour se lib&#233;rer des mots. Pour Edouard Glissant, c&#8217;est cette pens&#233;e du chaos-monde qui est essentielle dans la Cara&#239;be (<xref ref-type="bibr" rid="B24">Marchetti 2006</xref>), en pla&#231;ant le chaos spiralaire en son centre : &#171; Nous tournions autour de la pens&#233;e du Chaos, pr&#233;sentant qu&#8217;elle circule elle-m&#234;me &#224; contre-sens de l&#8217;acceptation ordinaire du chaotique et qu&#8217;elle ouvre sur un donn&#233; in&#233;dit : la Relation ou totalit&#233; en mouvement &#187; (Glissant 1990, 154). Dans les mots de Glissant, tout nous rapporte &#224; la spirale : on &#171; tourne &#187; et on &#171; circule &#187;, le mouvement est l&#224;, mais il s&#8217;agit d&#8217;une danse qui a chang&#233; d&#8217;espace. Si la lib&#233;ration doit donc se faire toujours par la spirale, cette fois ce sera dans une danse de la langue.</p>
</sec>
<sec>
<title>3. Faire langue, ou la spirale des mots</title>
<p>Avec <italic>Le conteur, la nuit et le panier</italic>, Patrick Chamoiseau se saisit de cette m&#234;me sc&#232;ne de cort&#232;ge du <italic>Malemort</italic> d&#8217;Edouard Glissant pour r&#233;fl&#233;chir &#224; l&#8217;acte d&#8217;&#233;criture en cours dans le texte, et il se met alors &#224; suivre le mouvement de la spirale : &#171; Description des articulations fluides et changeantes d&#8217;un organisme narratif. [&#8230;] chaque rythme d&#233;veloppe une synchronisation de leurs corps, lesquels r&#233;gissent aux &#233;volutions de la descente jusqu&#8217;&#224; en faire une danse collective continuelle. Le meneur donne le <italic>la</italic>, les corps se coordonnent. &#187; (219&#8211;220). L&#8217;acte d&#8217;&#233;crire devient dans les mots de Patrick Chamoiseau un acte physique, une chor&#233;graphie (&#171; synchronisation des corps &#187;) collective o&#249; les corps sont ensemble par un ordre particulier (le &#171; la &#187;). Plus que le muscle, il s&#8217;agit maintenant des &#171; mots &#187; : &#171; chaque mot survient avec la n&#233;buleuse de ses analogies, avec ses forces; l&#8217;&#201;crire y capte des configurations par lesquelles il dessine, danse, chante, chemine en suspension. [&#8230;] La ma&#238;trise se fait dans l&#8217;abandon aux forces qui surgissent, sculptent la danse. &#187; (ibid.). L&#8217;&#201;crire devient synonyme de danse, et &#233;crire se fait donc comme une entr&#233;e en mouvement dans la spirale, &#224; partir d&#8217;une force bien particuli&#232;re. On revient alors &#224; la Nuit fondamentale et au chaos initiant la spirale dans <italic>Le conteur, la nuit et le panier</italic> : &#171; La polyrythmie est une vibration g&#233;n&#233;sique. Elle fait du rythme une force agissante, <italic>une pens&#233;e rythmique</italic>. &#187; (86). Patrick Chamoiseau fait ici r&#233;f&#233;rence &#224; la polyrythmie, c&#8217;est &#224; dire &#224; la multiplication des entit&#233;s rythmiques dans le m&#234;me temps, &#233;l&#233;ment caract&#233;ristique de l&#8217;identit&#233; musicale Afrodescendante, notamment dans le jeu des percussions. Patrick Chamoiseau ne se contente pas d&#8217;une r&#233;f&#233;rence th&#233;matique, mais en fait aussi un &#233;l&#233;ment litt&#233;raire et esth&#233;tique sous la forme d&#8217;une &#171; pens&#233;e rythmique &#187; : chez Patrick Chamoiseau, la polyrythmie ne permet donc pas uniquement de bouger son corps sur un certain rythme (ou plusieurs rythmes ici) caract&#233;ristique d&#8217;une identit&#233;, mais permet aussi de penser par ce m&#234;me mouvement. Patrick Chamoiseau invite ainsi &#224; penser non plus lin&#233;airement sur un seul rythme comme le font les musiques occidentales, mais avec plusieurs motifs rythmiques poss&#233;dant chacun leur propre techniqueassembl&#233; dans une musicalit&#233; bien sp&#233;cifique, qui devient pour l&#8217;&#233;crivain un jeu stylistique. Il ajoute alors : &#171; Celui qui sait &#233;crire-tambour, conna&#238;t &#233;crire, pratique l&#8217;&#201;crire. &#187; (86&#8211;87). &#201;crire devient une pratique rythmique et identitaire, mais aussi et surtout une pratique musicale et en mouvement, faisant passer du rythme &#224; l&#8217;&#201;crire dans <italic>Le conteur, la nuit et le panier</italic> :</p>
<disp-quote>
<p>Le moment-catastrophe permet au cr&#233;ateur la captation d&#8217;un emm&#234;lement de forces.</p>
<p>Il y per&#231;oit des rythmes.</p>
<p>Le rythme est une <italic>sensation</italic>. Les sensations d&#233;clenchent des <italic>images</italic>, des <italic>id&#233;es</italic>.</p>
<p>Un ensemble de sensations donne une <italic>r&#233;sonance</italic>.</p>
<p>Un ensemble de r&#233;sonances donne un <italic>mouvement</italic>.</p>
<p>Un ensemble de mouvements donne une <italic>mouvance</italic>.</p>
<p>La mouvance r&#233;v&#232;le des <italic>configurations de forces</italic>. [&#8230;]</p>
<p>Ce sont elles qui, d&#8217;&#339;uvre en &#339;uvre, donneront l&#8217;&#339;uvre. (220)</p>
</disp-quote>
<p>Dans ces quelques lignes on peut distinguer un ph&#233;nom&#232;ne ordonn&#233; bien pr&#233;cis : de la catastrophe vient le rythme, puis la sensation, les id&#233;es et les r&#233;sonnances, puis le mouvement, la mouvance, et de nouveau la force.</p>
<p>Qu&#8217;on pense s&#233;mantiquement ou syntaxiquement, tout nous renvoie au principe de la spirale, qui fonctionne par accumulation du m&#234;me motif &#224; l&#8217;infini. On peut alors penser &#224; l&#8217;ouverture de <italic>L&#8217;Oiseau schizophone</italic> de Frank&#233;tienne, activant la spirale :</p>
<disp-quote>
<p>Un voyage ahurissant aux ultimes fronti&#232;res de l&#8217;imaginaire, dans un d&#233;lire intens&#233;ment lucide, marqu&#233; par les br&#251;lures des mots incandescents. Une r&#233;volution langagi&#232;re en profondeur. Un incendie de paradoxes. Une spirale enflamm&#233;e de violences et d&#8217;horreurs. Une efflorescence de mythes et de symboles. Avec, d&#8217;un c&#244;t&#233;, la descente &#233;pouvantable [&#8230;] Et, de l&#8217;autre, l&#8217;entrevision des beaut&#233; fugitives [&#8230;], rythm&#233;e par les palpitations du ch&#339;ur mystique. (Frank&#233;tienne 1998, 11)</p>
</disp-quote>
<p>Frank&#233;tienne convoque ici l&#8217;&#233;pouvante et la &#171; beaut&#233; fugitive &#187; du po&#232;me &#171; A une Passante &#187; de Baudelaire<xref ref-type="fn" rid="n12">12</xref>, mais aussi les paradoxes, l&#8217;incendie et le d&#233;lire langagier, pour d&#233;finir une force de la spirale d&#8217;o&#249; les mots s&#8217;exprime. Dans la spirale, les mots arrivent alors comme d&#233;fi entrant dans le mouvement, comme une danse &#224; venir, dans les mots eux-m&#234;mes.</p>
<p>Patrick Chamoiseau d&#233;crit ce m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne dans <italic>Le conteur, la nuit et le panier</italic> : &#171; Le chanteur prolonge le corps du danseur, danse d&#8217;abord lui-m&#234;me, puis d&#233;veloppe sa propre autorit&#233; dans la puissance du souffle o&#249; se r&#233;p&#232;tent des sons, des mots, ou d&#233;j&#224; se dessine le verbe, o&#249; s&#8217;annonce la Parole. <italic>Dans le plus accompli de ses &#233;volutions, le chanteur se transforme en conteur, ma&#238;tre de la Parole</italic>. &#187; (86&#8211;87). Dans les mots de Patrick Chamoiseau, le danseur est devenu ma&#238;tre de la parole.<xref ref-type="fn" rid="n13">13</xref> Dans <italic>L&#8217;esclave vieil homme et le molosse</italic>, l&#8217;&#233;crivain montre ainsi un personnage de danseur-conteur : le vieil homme lui-m&#234;me. Anti-danseur, &#171; Le vieil homme n&#8217;a jamais particip&#233; aux f&#234;tes d&#8217;esclaves ni aux contes de veill&#233;es durant lesquels les paroleurs expliquent comment vaincre le molosse. Il ne danse pas, ne parle pas, ne r&#233;agit pas aux sonnailles du tambour. &#187; (46). Le vieil homme, s&#8217;il n&#8217;est donc ni danseur ni chanteur ni conteur, agit pourtant sur chacun par une force spiralaire inattendue : il poss&#232;de ainsi force spiralaire en lui-m&#234;me, comme une force cr&#233;atrice qui se r&#233;alise justement dans le silence.<xref ref-type="fn" rid="n14">14</xref> Cr&#233;ant de mani&#232;re silencieuse, le vieil homme est pass&#233; de l&#8217;esclave &#224; l&#8217;&#233;crivain.</p>
<p>Entre le silence et le cri, l&#8217;immobilit&#233; et la danse, il y a un pas qui est celui de l&#8217;ind&#233;finition de la spirale, dans une langue qui se cherche. De Frank&#233;tienne &#224; Chamoiseau, en passant par C&#233;saire et Glissant, c&#8217;est en effet par la danse des mots que la lib&#233;ration langagi&#232;re se fait : la danse est devenue langage. Le chaos de la spirale qu&#8217;a d&#233;finie Frank&#233;tienne a agi comme une lib&#233;ration, invitant de fait &#224; sortir du cercle de la langue poli pour s&#8217;ouvrir au chaos-monde langagier. En pensant au Spiralisme, Frank&#233;tienne met en effet un mot sur un principe qui tient &#224; la fois de l&#8217;esth&#233;tique, de la politique et d&#8217;une intensit&#233; litt&#233;raire. Il r&#233;fl&#233;chit l&#8217;ind&#233;finition Glissantienne en partant de la forme g&#233;om&#233;trique (la fractale) pour l&#8217;&#233;tendre : la spirale est un mouvement en expansion, une intensit&#233; o&#249; le chaos a une place centrale, puisqu&#8217;au c&#339;ur de tout. On part du chaos, et on retrouve ce chaos &#224; toutes les &#233;chelles, mais l&#8217;ensemble forme une harmonie (poly)rythmique qui ne s&#8217;arr&#234;te pas. Le chaos fait donc danser la spirale danse, &#224; l&#8217;infini. Or c&#8217;est bien cet infini qui anime le mouvement du danseur dans la Nuit, telle que d&#233;crite par Patrick Chamoiseau. Dans le texte litt&#233;raire, on retrouve une lawonn qui va bien au-del&#224; du cercle, et surtout qui s&#8217;&#233;chappe : c&#8217;est la polyrythmie du tambour, le geste impossible du danseur, et surtout l&#8217;esclave qui maronne et sort du cercle pour, pr&#233;cis&#233;ment, choisir la force de la spirale et le chaos de la libert&#233;. Dans cette derni&#232;re facette de la spirale, on sort alors pr&#233;cis&#233;ment du carcan terrible de l&#8217;esclavage et de l&#8217;Habitation pour se r&#233;inventer ailleurs. Dans <italic>L&#8217;esclave vieil homme et le molosse</italic>, si la partie narrative cl&#244;t l&#8217;une des phases de la spirale avec la mort de l&#8217;esclave, c&#8217;est l&#8217;organisme narratif qui prend le pas et ouvre le discours &#224; sa propre danse. Le geste de la spirale se retrouve alors dans les mots eux-m&#234;mes. Ils se refusent &#224; l&#8217;ordre de la langue, et s&#8217;offrent dans le chaos du langage et du tout. A l&#8217;image de la spirale, les motsse refl&#232;tent &#224; l&#8217;infini, et continuent le mouvement. Litt&#233;rairement, le corps qui danse est devenu un geste qui dit et qui lib&#232;re, pour aller vers un au-del&#224;. La force esth&#233;tique de la spirale dans&#233;e a repouss&#233; les limites politiques du langage, le texte a pris corps, et le danseur n&#8217;est plus seulement esclave, mais est devenu &#233;crivain.</p>
</sec>
</body>
<back>
<fn-group>
<fn id="n1"><p>&#171; Les Ma&#238;tres-b&#233;k&#233;s interdirent les premiers tambours. Ils &#233;taient fabriqu&#233;s &#224; la mode africaine dans des troncs d&#8217;arbre fouill&#233;s. Quand ces esclavagistes les d&#233;couvrirent utiles aux cadences de travail (les esclaves d&#233;jouaient l&#8217;interdiction par des rythmiques de bouche), ils autoris&#232;rent des tambours &#8230; &#187; (<xref ref-type="bibr" rid="B6"><italic>&#201;crire en pays domin&#233;</italic> 156</xref>).</p></fn>
<fn id="n2"><p>Voir &#201;douard Glissant. <italic>Le Quatri&#232;me Si&#232;cle</italic>. Paris : Seuil, <xref ref-type="bibr" rid="B15">1962</xref>.</p></fn>
<fn id="n3"><p>Faisant du contexte math&#233;matique un concept litt&#233;raire, Patrick Chamoiseau transf&#232;re cette m&#234;me id&#233;e de chaos primordial &#224; ses descriptions de la Cara&#239;be, o&#249; le chaos est non seulement n&#233;cessit&#233; mais aussi et surtout in&#233;vitable : &#171; Vivre aux Antilles revient &#224; &#234;tre plong&#233; dans une sauce dont le sel, l&#8217;oignon et le piment sont des calamit&#233;s potentielles [&#8230;] Nul besoin d&#8217;&#234;tre tr&#232;s vieux aux Antilles pour avoir v&#233;cu une de ces calamit&#233;s inscrites dans le probable. [&#8230;] Moi, sans aucun palmar&#232;s, je tra&#238;ne d&#233;j&#224; plusieurs cyclones dans mes tracas de m&#233;moire. &#187; (<xref ref-type="bibr" rid="B7"><italic>Le conteur, la nuit et le panier</italic> 50</xref>).</p></fn>
<fn id="n4"><p>Marie-&#201;dith Lenoble (<xref ref-type="bibr" rid="B22">2008</xref>) caract&#233;rise le Spiralisme comme une invariance d&#8217;&#233;chelle (la m&#234;me irr&#233;gularit&#233; &#224; toutes les &#233;chelles); un macro-ensemble chaotique mais une logique micro-litt&#233;raire; un &#233;l&#233;ment minimal constitu&#233; par l&#8217;unit&#233; sonore; une &#233;nergie &#224; l&#8217;infini.</p></fn>
<fn id="n5"><p>Patrick Chamoiseau fait ici r&#233;f&#233;rence au <italic>Cahier d&#8217;un retour au pays natal</italic> d&#8217;Aim&#233; C&#233;saire (<xref ref-type="bibr" rid="B4">1983</xref>) : &#171; Et &#224; moi mes danses / mes danses de mauvais n&#232;gre / &#224; moi mes danses / la danse brise-carcan / la danse saute-prison / la danse il-est-beau-et-bon-et-l&#233;gitime-d&#8217;&#234;tre-n&#232;gre / A moi mes danses et saute le soleil sur la raquette de mes mains &#187; (63&#8211;64)</p></fn>
<fn id="n6"><p>Dans le vocabulaire de Patrick Chamoiseau l&#8217; &#171; Habitation &#187; est la maison principale de la plantation.</p></fn>
<fn id="n7"><p>Voir Michel Foucault, <italic>Surveiller et Punir</italic>, 1. Les corps dociles.</p></fn>
<fn id="n8"><p>&#171; Celui qui entre pour danser, arpente les limites du cercle cr&#233;&#233; par l&#8217;assembl&#233;e. &#187; (<italic>Le Conteur la nuit et le panier</italic>).</p></fn>
<fn id="n9"><p>Pour Patrick Chamoiseau, le cercle est ainsi souvent limit&#233; &#224; deux dynamiques : le cercle ferm&#233;, restreint dans la double notion de divertissement et de plaisir du folklore; et les danses de combats - damier, badia, belaire, etc. - &#224; la fois &#171; sectaires et orthodoxes &#187; d&#8217;apr&#232;s lui. Avec Edouard Glissant (<xref ref-type="bibr" rid="B18"><italic>Trait&#233; du tout-monde</italic> 1997</xref>), Patrick Chamoiseau invite au contraire &#224; un &#171; d&#233;passement &#187; : il faut maintenant aller au-del&#224; du cercle.</p></fn>
<fn id="n10"><p>Edouard Glissant revendique une forme d&#8217;&#171; opacit&#233; &#187; dans l&#8217;&#233;criture Carib&#233;enne (<xref ref-type="bibr" rid="B17"><italic>Po&#233;tique de la Relation</italic> 1990</xref>).</p></fn>
<fn id="n11"><p>&#171; Un &#233;tat pas ordinaire, &#224; l&#8217;autre bord de ce monde mais avec lequel je peux vivre ce monde, cette jambe bris&#233;e, ce pauvre corps rid&#233;, ce monstre impitoyable raidi en face de moi. &#187; (<xref ref-type="bibr" rid="B8"><italic>L&#8217;esclave vieil homme et le molosse</italic> 135</xref>).</p></fn>
<fn id="n12"><p>La relation entre Baudelaire et la beaut&#233; est l&#8217;un des th&#232;mes privil&#233;gi&#233;s de nos auteurs. Voir <italic>Baudelaire Jazz</italic>, Paris: Seuil, <xref ref-type="bibr" rid="B5">2022</xref>.</p></fn>
<fn id="n13"><p>&#171; On entre dans une la-ronde pour danser ou pour parler &#187; (<italic>Le Conteur la nuit et le panier</italic>).</p></fn>
<fn id="n14"><p>&#171; Sa pr&#233;sence renforce la frappe des tambouy&#233;s. [&#8230;] Les danseurs - sans m&#234;me qu&#8217;ils s&#8217;en rendent compte - trouvent en sa pr&#233;sence des bans de chair insoup&#231;onn&#233;s. [&#8230;] lui, impavide, re&#231;oit ce don. Il joue du tambour sans en jouer. Il s&#8217;anime dans la danse en restant immobile. &#187; (<xref ref-type="bibr" rid="B8"><italic>L&#8217;esclave vieil homme et le molosse</italic> 46</xref>).</p></fn>
</fn-group>
<sec>
<title>Biographie de l&#8217;auteur</title>
<p><bold>Claire Massy-Paoli</bold> est en th&#232;se &#224; Princeton University. Apr&#232;s des ann&#233;es en France o&#249; elle a &#233;tudi&#233; la litt&#233;rature et la philosophie &#224; la Sorbonne et l&#8217;Ecole Normale Sup&#233;rieure, elle a &#233;t&#233; lectrice de Fran&#231;ais &#224; Johns Hopkins University. A mi-chemin entre la French Theory et l&#8217;esth&#233;tique, elle s&#8217;int&#233;resse &#224; la litt&#233;rature contemporaine et aux arts de la sc&#232;ne (dance et musique). A travers une approche interdisciplinaire, ses recherches vont de Marcel Proust &#224; Christian Gailly, aux deux p&#244;les du XXe si&#232;cle. A c&#244;t&#233; du monde acad&#233;mique, Claire a aussi une activit&#233; de critique musical (correspondante Fran&#231;aise au Metropolitan Opera).</p>
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