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<journal-title>Journal of Western Society for French History (WSFH)</journal-title>
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<article-id pub-id-type="publisher-id">7464</article-id>
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<article-id pub-id-type="doi">10.3998/wsfh.7464</article-id>
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<article-title>Claudius La Roussarie : Un personnage hors-s&#x00E9;rie</article-title>
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<surname>Ceresato</surname>
<given-names>Floriana</given-names>
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<email>floriana.ceresato@gmail.com</email>
<aff id="aff1"><institution>Universit&#x00E9; Libre de Bruxelles</institution> <institution content-type="dept">History</institution></aff>
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<pub-date><day>31</day><month>12</month><year>2025</year></pub-date>
<volume>51</volume><issue>0</issue>
<issue-title>2025</issue-title>
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<date date-type="rev-recd"><day></day><month></month><year></year></date>
<date date-type="accepted"><day>1</day><month>3</month><year>2025</year></date>
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<license><license-p>CC BY-NC-ND 4.0</license-p></license>
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<p id="P1">This article presents the initial findings of research on Claudius La Roussarie, a theater actor and author active in France during the early twentieth century. Despite his literary production, he remains largely overshadowed by his career in the performing arts. Biographical and professional information about this unconventional cultural figure is scarce. La Roussarie began working in his father&#x2019;s pastry shop in Lyon before turning to theater and writing as a completely self-taught artist. Over time, he gained the appreciation of several contemporary intellectuals and developed a particular interest in medieval texts.</p>
<p id="P2">This study aims to collect and analyze documentation on La Roussarie preserved in French libraries and archives, reconstructing his trajectory as both actor and author. The article presents the data gathered so far, offering a preliminary overview of La Roussarie&#x00E2;&#x20AC;&#x2122;s life and work. These initial findings lay the groundwork for further research, with the broader goal of reassessing Claudius La Roussarie&#x00E2;&#x20AC;&#x2122;s contributions and reviving his legacy.</p></abstract>
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<kwd>Claudius La Roussarie</kwd>
<kwd>Early 20th-century French literature</kwd>
<kwd>Early 20th-century French theater</kwd>
<kwd>Early 20th-century French journalism</kwd>
<kwd>Early 20th-century French publishing</kwd>
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<sec id="S1"><title>&#x00C0; la d&#x00E9;couverte de Claudius La Roussarie</title>
<p>Cet article se propose de faire &#x00E9;merger la figure encore m&#x00E9;connue de Claudius La Roussarie, acteur et auteur fran&#x00E7;ais actif entre la fin du XIX&#x1D49; et le d&#x00E9;but du XX&#x1D49; si&#x00E8;cle, rencontr&#x00E9; au cours de nos recherches doctorales sur <italic>Anse&#x00EF;s de Carthage</italic>, chanson de geste du XIII&#x1D49; si&#x00E8;cle. La Roussarie y apparaissait en effet comme l&#x2019;auteur du seul remaniement en prose moderne de ce po&#x00E8;me m&#x00E9;di&#x00E9;val<xref ref-type="fn" rid="fn1"><sup>1</sup></xref>. Son nom &#x00E9;veilla aussit&#x00F4;t notre curiosit&#x00E9; : bien qu&#x2019;absent des milieux acad&#x00E9;miques de la philologie romane, il signa non seulement un remaniement en prose de <italic>Raoul de Cambrai</italic><xref ref-type="fn" rid="fn2"><sup>2</sup></xref>, mais se fit &#x00E9;galement conna&#x00EE;tre comme acteur sur les sc&#x00E8;nes fran&#x00E7;aises de la Belle &#x00C9;poque. Intrigu&#x00E9;s par ce personnage singulier, que ses proches aimaient qualifier de &#x00AB; hors-s&#x00E9;rie &#x00BB; , nous avons entrepris de retracer les grandes lignes de sa vie ainsi que de son activit&#x00E9; artistique et litt&#x00E9;raire.</p>
<p>L&#x2019;enqu&#x00EA;te pr&#x00E9;sent&#x00E9;e ici, encore &#x00E0; un stade pr&#x00E9;liminaire, vise &#x00E0; offrir une premi&#x00E8;re notice biographique permettant de replacer La Roussarie dans le contexte de son temps. Elle s&#x2019;appuie non seulement sur la documentation officielle et la presse, mais aussi sur les &#x00E9;crits demeur&#x00E9;s in&#x00E9;dits, conserv&#x00E9;s en partie dans le fonds Marc Brisac des Archives d&#x00E9;partementales du Rh&#x00F4;ne et de la m&#x00E9;tropole de Lyon. De ces documents, nous ne donnons ici qu&#x2019;un aper&#x00E7;u &#x2014; en attendant une &#x00E9;dition int&#x00E9;grale que nous projetons de r&#x00E9;aliser prochainement. Ils ouvrent d&#x00E9;j&#x00E0; des pistes pr&#x00E9;cieuses pour mieux comprendre la trajectoire intellectuelle et artistique de l&#x2019;acteur/auteur, ainsi d&#x00E9;crit par son ami Auguste Nardy : &#x00AB; Claudius La Roussarie est un personnage hors-s&#x00E9;rie, un de ces inclassables qui d&#x00E9;routent les critiques et les analystes. Plus on se penche sur lui, plus on est surpris et inquiet devant ce ph&#x00E9;nom&#x00E8;ne litt&#x00E9;raire, dont on ne parvient pas &#x00E0; d&#x00E9;m&#x00EA;ler l&#x2019;exacte psychologie &#x00BB;<xref ref-type="fn" rid="fn3"><sup>3</sup></xref>.</p>
</sec>
<sec id="S2"><title>Sources et mat&#x00E9;riaux</title>
<p>Nous avons pu reconstituer partiellement l&#x2019;activit&#x00E9; professionnelle de Claudius La Roussarie gr&#x00E2;ce &#x00E0; la consultation des ressources conserv&#x00E9;es &#x00E0; la Biblioth&#x00E8;que nationale de France &#x2013; notamment au D&#x00E9;partement des Arts du spectacle &#x2013; ainsi que des ressources d&#x00E9;sormais largement accessibles en ligne, en particulier <italic>Gallica</italic> et <italic>RetroNews</italic>, qui conservent les encarts culturels et artistiques publi&#x00E9;s dans les journaux et revues de l&#x2019;&#x00E9;poque<xref ref-type="fn" rid="fn4"><sup>4</sup></xref>. Nous avons &#x00E9;galement consult&#x00E9; <italic>La Grange</italic>, le portail documentaire de la Com&#x00E9;die Fran&#x00E7;aise, avant de nous rendre &#x00E0; sa Biblioth&#x00E8;que afin d&#x2019;y examiner certains documents accessibles uniquement sur place.</p>
<p>Ces informations ont &#x00E9;t&#x00E9; compl&#x00E9;t&#x00E9;es par l&#x2019;examen des actes civils portant sur La Roussarie et sa famille, conserv&#x00E9;s aux Archives de la Ville de Paris ainsi que dans les diff&#x00E9;rentes mairies concern&#x00E9;es. Pour situer plus largement son parcours dans le contexte culturel de la fin du XIX&#x1D49; si&#x00E8;cle et de la Premi&#x00E8;re Guerre mondiale, nous nous sommes &#x00E9;galement appuy&#x00E9;s sur les monographies de Bernard Poche, l&#x2019;un des rares auteurs &#x00E0; mentionner explicitement Claudius La Roussarie<xref ref-type="fn" rid="fn5"><sup>5</sup></xref>. Enfin, comme signal&#x00E9; plus haut, nous avons consult&#x00E9; le fonds Marc Brisac, conserv&#x00E9; aux Archives d&#x00E9;partementales du Rh&#x00F4;ne et de la m&#x00E9;tropole de Lyon, qui contient les seules copies actuellement identifi&#x00E9;es des &#x00E9;crits in&#x00E9;dits de La Roussarie<xref ref-type="fn" rid="fn6"><sup>6</sup></xref>.</p>
<p>Bien qu&#x2019;emp&#x00EA;ch&#x00E9; de poursuivre des &#x00E9;tudes sup&#x00E9;rieures et contraint par l&#x2019;activit&#x00E9; artisanale familiale, La Roussarie suivit un itin&#x00E9;raire culturel proche de celui de nombreux jeunes intellectuels et artistes de son temps. Autodidacte, il collabora &#x00E0; la presse locale par des articles et des comptes rendus, tout en cultivant parall&#x00E8;lement la composition po&#x00E9;tique. Tr&#x00E8;s t&#x00F4;t, il manifesta un int&#x00E9;r&#x00EA;t marqu&#x00E9; pour l&#x2019;&#x00E9;criture et pour le th&#x00E9;&#x00E2;tre : sa vie professionnelle appara&#x00EE;t ainsi comme une qu&#x00EA;te constante de reconnaissance aupr&#x00E8;s de &#x00AB; ses pairs &#x00BB; , dans un milieu artistique o&#x00F9; il demeurait un &#x00AB; outsider &#x00BB;. &#x00C9;voquer Claudius La Roussarie, c&#x2019;est en effet croiser les grands noms de la sc&#x00E8;ne intellectuelle et artistique de la fin du XIX&#x1D49; et du d&#x00E9;but du XX&#x1D49; si&#x00E8;cle &#x2014; de son ma&#x00EE;tre po&#x00E9;tique &#x00C9;mile Verhaeren &#x00E0; son ma&#x00EE;tre th&#x00E9;&#x00E2;trale George Pito&#x00EB;ff &#x2014; tout en constatant qu&#x2019;il resta toujours dans l&#x2019;ombre, sans jamais acc&#x00E9;der &#x00E0; une notori&#x00E9;t&#x00E9; qui lui survive.</p>
<p>&#x00C0; travers les documents consult&#x00E9;s, se dessine le portrait d&#x2019;un homme singulier et non conventionnel, dot&#x00E9; d&#x2019;une intelligence vive et d&#x2019;une vaste culture acquise en autodidacte. Jovial et optimiste, La Roussarie sut gagner l&#x2019;estime intellectuelle, artistique et humaine de nombreuses personnalit&#x00E9;s du monde culturel de son temps, avec lesquelles il noua parfois des amiti&#x00E9;s profondes et durables. Pourtant, cette vivacit&#x00E9; d&#x2019;esprit se heurta &#x00E0; un physique jug&#x00E9; encombrant, qui le cantonna aux r&#x00F4;les comiques : &#x00AB; Quand il para&#x00EE;t, on rit. Ce n&#x2019;est pas toujours dr&#x00F4;le, dit La Roussarie. Mais il est assez philosophe pour se placer au-dessus de ses contingences &#x00BB;<xref ref-type="fn" rid="fn7"><sup>7</sup></xref>. Ses interviews r&#x00E9;v&#x00E8;lent une lucidit&#x00E9; sur cette condition, ainsi qu&#x2019;une certaine satisfaction professionnelle dans les rires qu&#x2019;il suscitait.</p>
<p>Avant de nous consacrer plus en d&#x00E9;tail aux &#x00E9;crits de La Roussarie, nous proposons de retracer son parcours biographique, afin de mieux situer et comprendre ensuite sa production litt&#x00E9;raire<xref ref-type="fn" rid="fn8"><sup>8</sup></xref>.</p>
</sec>
<sec id="S3"><title>Le po&#x00E8;te p&#x00E2;tissier</title>
<p>N&#x00E9; &#x00E0; Tarare (Rh&#x00F4;ne) le 20 f&#x00E9;vrier 1877, Antoine Claudius Laroussarie<xref ref-type="fn" rid="fn9"><sup>9</sup></xref> &#x00E9;tait le fils de Nicolas Valentin Laroussarie, p&#x00E2;tissier, et de Marie Perrot, repasseuse. Jusqu&#x2019;&#x00E0; l&#x2019;&#x00E2;ge de vingt-cinq ans environ, il travailla dans la p&#x00E2;tisserie familiale, situ&#x00E9;e rue Servient &#x00E0; Lyon. La boutique paternelle constituait cependant moins un lieu de travail qu&#x2019;un v&#x00E9;ritable foyer intellectuel, o&#x00F9; se retrouvaient plusieurs jeunes esprits appel&#x00E9;s &#x00E0; jouer un r&#x00F4;le de premier plan dans la vie culturelle fran&#x00E7;aise : Henri Focillon, Louis Payen, R&#x00E9;gis Gignoux, &#x00C9;mile Vuillermoz ou encore Henri B&#x00E9;raud.</p>
<p>Parall&#x00E8;lement, La Roussarie participait activement &#x00E0; la vie culturelle lyonnaise. Fid&#x00E8;le spectateur du Grand-Th&#x00E9;&#x00E2;tre, il occupa un temps un poste de gar&#x00E7;on de bureau au journal <italic>Tout Lyon</italic>, dirig&#x00E9; par Paul Duvivier, et y collabora occasionnellement comme critique dans la <italic>Revue musicale de Lyon</italic><xref ref-type="fn" rid="fn10"><sup>10</sup></xref>. Il cultivait &#x00E9;galement sa passion pour la po&#x00E9;sie et publia deux recueils chez l&#x2019;&#x00E9;diteur du journal, <italic>La Chevauch&#x00E9;e d&#x2019;H&#x00E9;lios</italic> (1903) et <italic>Fontaines</italic> (1905)<xref ref-type="fn" rid="fn11"><sup>11</sup></xref>. En 1910, il fit para&#x00EE;tre &#x00E0; Paris, chez Mathot, <italic>La Divine Harmonie</italic>, son troisi&#x00E8;me et dernier volume po&#x00E9;tique, aujourd&#x2019;hui le mieux connu et dont plusieurs exemplaires ont &#x00E9;t&#x00E9; conserves<xref ref-type="fn" rid="fn12"><sup>12</sup></xref>. &#x00C0; cette &#x00E9;poque, La Roussarie avait d&#x00E9;j&#x00E0; nou&#x00E9; des liens &#x00E9;troits avec le po&#x00E8;te belge &#x00C9;mile Verhaeren, qu&#x2019;il consid&#x00E9;rait comme son ma&#x00EE;tre et qui accueillit avec enthousiasme ses publications.</p>
<p>Le d&#x00E9;part de La Roussarie de Lyon doit &#x00EA;tre situ&#x00E9; entre 1910 et 1914. Selon Fernand Pouey, dans un article-interview paru dans <italic>Paris-Soir</italic> le 20 d&#x00E9;cembre 1932, c&#x2019;est &#x00E0; la mort de son p&#x00E8;re qu&#x2019;il quitta d&#x00E9;finitivement l&#x2019;entreprise familiale afin de se consacrer au th&#x00E9;&#x00E2;tre<xref ref-type="fn" rid="fn13"><sup>13</sup></xref>. Son autobiographie confirme qu&#x2019;au printemps 1914 il avait d&#x00E9;j&#x00E0; abandonn&#x00E9; la maison paternelle et l&#x2019;activit&#x00E9; de p&#x00E2;tissier pour s&#x2019;&#x00E9;tablir &#x00E0; Paris et y embrasser la carri&#x00E8;re dramatique. On comprend en tout cas que La Roussarie fr&#x00E9;quentait r&#x00E9;guli&#x00E8;rement la capitale, qu&#x2019;il connaissait bien, et qu&#x2019;il avait d&#x00E9;j&#x00E0; commenc&#x00E9; &#x00E0; s&#x2019;y affirmer comme acteur. La presse r&#x00E9;suma ce tournant par une formule rest&#x00E9;e c&#x00E9;l&#x00E8;bre : &#x00AB; Le p&#x00E2;tissier lyonnais Claudius La Roussarie, po&#x00E8;te et musicien, d&#x00E9;laissa la toque et la veste blanche pour se consacrer &#x00E0; l&#x2019;art dramatique &#x00BB;<xref ref-type="fn" rid="fn14"><sup>14</sup></xref>.</p>
</sec>
<sec id="S4"><title>L&#x2019;histrion baladin</title>
<p>Selon un article paru le 5 septembre 1919 dans l&#x2019;hebdomadaire marseillais <italic>Spectator</italic><xref ref-type="fn" rid="fn15"><sup>15</sup></xref>, ainsi que dans son autobiographie<xref ref-type="fn" rid="fn16"><sup>16</sup></xref>, les d&#x00E9;buts de Claudius La Roussarie sur la sc&#x00E8;ne parisienne rel&#x00E8;vent du hasard. De passage dans un caf&#x00E9; de la capitale en juin 1914, il apprit qu&#x2019;un artiste saisonnier de la Ga&#x00EE;t&#x00E9; Lyrique venait de tomber malade et se porta aussit&#x00F4;t volontaire pour le remplacer. Engag&#x00E9; le soir m&#x00EA;me, il reprit un r&#x00F4;le comique qu&#x2019;il avait d&#x00E9;j&#x00E0; interpr&#x00E9;t&#x00E9; avec succ&#x00E8;s &#x00E0; Tarbes quelques semaines auparavant. La prestation fut si convaincante qu&#x2019;il fut non seulement retenu &#x00E0; la place de l&#x2019;acteur absent, mais &#x00E9;galement confi&#x00E9; &#x00E0; un autre r&#x00F4;le dans la cr&#x00E9;ation de l&#x2019;op&#x00E9;rette <italic>Prince Bonheur</italic>. Il y incarna le baron Flip, personnage qualifi&#x00E9; de &#x00AB; cocasse &#x00BB;, qui contribua au succ&#x00E8;s du spectacle. La premi&#x00E8;re eut lieu &#x00E0; la Ga&#x00EE;t&#x00E9; Lyrique le 1<sup>er</sup> juillet 1914<xref ref-type="fn" rid="fn17"><sup>17</sup></xref>. Un article du <italic>Journal amusant</italic> du 18 juillet t&#x00E9;moigne de l&#x2019;enthousiasme du public : &#x00AB; M. La Roussarie, enfin, d&#x00E9;cha&#x00EE;ne par sa seule apparition des &#x00E9;clats de rire. La province nous a envoy&#x00E9; l&#x00E0; un excellent produit. M. La Roussarie fera &#x00E0; Paris une belle carri&#x00E8;re &#x00BB;<xref ref-type="fn" rid="fn18"><sup>18</sup></xref>. Les t&#x00E9;moignages de ceux qui l&#x2019;interview&#x00E8;rent soulignent que son entr&#x00E9;e dans le vaudeville et l&#x2019;op&#x00E9;rette fut facilit&#x00E9;e par sa voix puissante, oscillant entre baryton l&#x00E9;ger et t&#x00E9;nor. &#x00C0; partir de ce moment, il commen&#x00E7;a v&#x00E9;ritablement &#x00E0; se faire un nom sur la sc&#x00E8;ne parisienne, apparaissant sur les affiches, dans la presse et sur les clich&#x00E9;s, aussi gr&#x00E2;ce au soutien de ses amis.</p>
<p>Mais d&#x00E8;s le 1<sup>er</sup> ao&#x00FB;t 1914, la guerre &#x00E9;clata. D&#x00E9;clar&#x00E9; &#x00AB; improper &#x00BB; &#x00E0; tout service, auxiliaire ou arm&#x00E9;, en raison de son ob&#x00E9;sit&#x00E9;<xref ref-type="fn" rid="fn19"><sup>19</sup></xref>, La Roussarie chercha malgr&#x00E9; tout &#x00E0; se rendre utile. Pendant plus d&#x2019;un an, il exer&#x00E7;a divers emplois &#x00E9;loign&#x00E9;s de sa vocation artistique : livreur pour la Croix-Rouge, ouvrier dans l&#x2019;industrie lourde de guerre, surveillant dans un asile pour ali&#x00E9;n&#x00E9;s de guerre, ou encore &#x00AB; salubriste &#x00BB; dans un h&#x00F4;pital militaire. Dans ses m&#x00E9;moires La Roussaire &#x00E9;voque notamment une rencontre manqu&#x00E9;e avec Verhaeren, venu visiter des soldats bless&#x00E9;s dans la section belge de l&#x2019;h&#x00F4;pital : absorb&#x00E9; par ses pens&#x00E9;es, le po&#x00E8;te ne le reconnut pas. La Roussarie nota avec pudeur : &#x00AB; Nous e&#x00FB;mes assez de pr&#x00E9;sence d&#x2019;esprit pour lui &#x00E9;viter la stupeur de nous faire conna&#x00EE;tre &#x00BB;<xref ref-type="fn" rid="fn20"><sup>20</sup></xref>. Il pr&#x00E9;cise ensuite qu&#x2019;il pr&#x00E9;f&#x00E9;ra ne pas se signaler afin d&#x2019;&#x00E9;pargner &#x00E0; son ma&#x00EE;tre spirituel &#x00AB; une cause de d&#x00E9;chirement int&#x00E9;rieur &#x00BB; &#x00E0; la vue de son ancien disciple contraint &#x00E0; de si modestes t&#x00E2;ches.</p>
<p>Le retour au th&#x00E9;&#x00E2;tre se fit &#x00E9;galement par hasard : un samedi, un employ&#x00E9; de l&#x2019;h&#x00F4;pital militaire lui remit un pneumatique adress&#x00E9; par un correspondant th&#x00E9;&#x00E2;tral qui venait de rouvrir son agence. En novembre 1915, La Roussarie obtint ainsi un engagement de quatre mois &#x00E0; Bordeaux, ce qui relan&#x00E7;a sa carri&#x00E8;re sc&#x00E9;nique.</p>
<p>On retrouve Claudius La Roussarie &#x00E0; Rouen au milieu de l&#x2019;ann&#x00E9;e 1916, o&#x00F9; il &#x00E9;pousa, le 26 ao&#x00FB;t, Marie Marguerite Demagny<xref ref-type="fn" rid="fn21"><sup>21</sup></xref>. L&#x2019;acte de marriage<xref ref-type="fn" rid="fn22"><sup>22</sup></xref>, outre le fait de confirmer qu&#x2019;&#x00E0; cette date ses parents &#x00E9;taient d&#x00E9;j&#x00E0; d&#x00E9;c&#x00E9;d&#x00E9;s, indique qu&#x2019;il r&#x00E9;sidait au 14, rue aux Ours &#x00E0; Rouen et qu&#x2019;il exer&#x00E7;ait la profession d&#x2019;&#x00AB; artiste lyrique &#x00BB;. La consultation de son acte de succession, conserv&#x00E9; aux Archives de Paris, r&#x00E9;v&#x00E8;le par ailleurs l&#x2019;existence d&#x2019;une fille, Marguerite Jeanne La Roussarie, d&#x00E9;sign&#x00E9;e comme unique h&#x00E9;riti&#x00E8;re. N&#x00E9;e &#x00E0; Rouen le 14 mars 1916, elle avait vu le jour quelques mois avant le mariage de ses parents. Faute de disposer de la partie de son autobiographie o&#x00F9; La Roussarie &#x00E9;voquait cet &#x00E9;pisode, nous devons nous contenter du t&#x00E9;moignage qui appara&#x00EE;t dans l&#x2019;avant dernier volume<xref ref-type="fn" rid="fn23"><sup>23</sup></xref>, o&#x00F9; il &#x00E9;crit : &#x00AB; [&#x2026;] apr&#x00E8;s avoir &#x00E9;t&#x00E9; proprement &#x2018;foutus &#x00E0; la porte&#x2019; (&#x00E0; la rue serait plus exact) &#x2013;ainsi qu&#x2019;il est &#x00E9;crit &#x00E0; la fin du Livre VIII de notre <italic>M&#x00E9;morandum</italic>, &#x2013;par notre estim&#x00E9; beau-fr&#x00E8;re ; on se retrouva tous les quatre, Monsieur, Madame, Mlle et la Minette-fauve, sous les verri&#x00E8;res de la gare homicide de Rouen-Rue-Verte [&#x2026;] &#x00BB;. Dans son autobiographie, La Roussarie surnomme sa femme &#x00AB; Madame-tout-en-nerfs &#x00BB; et d&#x00E9;signe sa fille par des appellations g&#x00E9;n&#x00E9;riques comme &#x00AB; Mademoiselle &#x00BB; , &#x00AB; la gamine &#x00BB; , ou &#x00AB; la m&#x00F4;me &#x00BB;. Les informations disponibles ne permettent pas de d&#x00E9;terminer avec certitude si Marguerite Jeanne &#x00E9;tait sa fille naturelle ou adoptive.</p>
<p>&#x00C0; cette &#x00E9;poque, La Roussarie se vit proposer un poste de metteur en sc&#x00E8;ne aux Folies-Berg&#x00E8;re de Rouen, qu&#x2019;il d&#x00E9;clina modestement, jugeant ne pas avoir l&#x2019;exp&#x00E9;rience n&#x00E9;cessaire. C&#x2019;est toutefois dans ce th&#x00E9;&#x00E2;tre qu&#x2019;il rencontra une derni&#x00E8;re fois son ami &#x00C9;mile Verhaeren : le po&#x00E8;te, de passage pour donner une conf&#x00E9;rence lors d&#x2019;une exposition consacr&#x00E9;e &#x00E0; l&#x2019;art franco-belge le 26 novembre 1916, lui rendit visite &#x00E0; l&#x2019;entracte de son spectacle <italic>La Grande Revue</italic>. Le lendemain, Verhaeren trouva accidentellement la mort en chutant entre deux wagons &#x00E0; la gare de Rouen<xref ref-type="fn" rid="fn24"><sup>24</sup></xref>. C&#x2019;est La Roussarie lui-m&#x00EA;me qui annon&#x00E7;a la tragique nouvelle &#x00E0; Judith Cladel, l&#x2019;&#x00E9;crivaine fille du c&#x00E9;l&#x00E8;bre romancier, qu&#x2019;il avait connue gr&#x00E2;ce &#x00E0; Verhaeren dans son atelier de Saint-Cloud.</p>
<p>Apr&#x00E8;s cet &#x00E9;pisode, les sources deviennent &#x00E0; nouveau lacunaires. On perd la trace de La Roussarie et de sa famille jusqu&#x2019;&#x00E0; la fin de la guerre. On le retrouve ensuite &#x00E0; Paris, toujours en qu&#x00EA;te d&#x2019;emplois susceptibles d&#x2019;all&#x00E9;ger ses difficult&#x00E9;s financi&#x00E8;res. La p&#x00E9;riode 1919-1924/1925 est marqu&#x00E9;e par une succession de contrats th&#x00E9;&#x00E2;traux, essentiellement en France mais aussi en Belgique. Peu regardant sur la solidit&#x00E9; des engagements ou sur la qualit&#x00E9; artistique des productions, La Roussarie acceptait volontiers chaque opportunit&#x00E9; professionnelle. Il se fit remarquer tout particuli&#x00E8;rement dans des r&#x00F4;les comiques, qui lui valurent des critiques &#x00E9;logieuses. Il semble &#x00E9;galement avoir approch&#x00E9; le monde du cin&#x00E9;ma : en 1925, il joua dans le film comique <italic>Balancez vos dames!</italic>, r&#x00E9;alis&#x00E9; par Madame Kaesmacker sur un sc&#x00E9;nario de Georges Berr et Paul Gavault<xref ref-type="fn" rid="fn25"><sup>25</sup></xref>.</p>
<p>Cette p&#x00E9;riode d&#x2019;intense activit&#x00E9; fut aussi synonyme de d&#x00E9;placements incessants, souvent dans des conditions pr&#x00E9;caires, ce qui contribua &#x00E0; l&#x2019;usure progressive de son mariage. Sa femme finit par reprendre un emploi de domestique chez des amis, officiellement pour des raisons financi&#x00E8;res, officieusement pour retrouver une stabilit&#x00E9; que la vie itin&#x00E9;rante de son mari ne permettait pas<xref ref-type="fn" rid="fn26"><sup>26</sup></xref>. S&#x00E9;par&#x00E9; d&#x00E9;finitivement en 1925, La Roussarie se r&#x00E9;fugia &#x00E0; Marseille, l&#x2019;une de ses villes de pr&#x00E9;dilection, d&#x2019;o&#x00F9; il repartit bient&#x00F4;t pour une nouvelle tourn&#x00E9;e dans le sud de la France.</p>
</sec>
<sec id="S5"><title>L&#x2019;a&#x00E8;de errant</title>
<p>La d&#x00E9;cennie suivante &#x2014; les ann&#x00E9;es 1930, alors que La Roussarie est d&#x00E9;sormais connu dans toute la France &#x2014; marque un tournant d&#x00E9;cisif dans sa carri&#x00E8;re, anticip&#x00E9; par une rencontre marquante le 19 mars 1929 : celle avec le philologue Joseph B&#x00E9;dier. On peut reconstituer les circonstances de cette rencontre gr&#x00E2;ce &#x00E0; un article de H. Fr&#x00E9;d&#x00E9;ric Pottecher publi&#x00E9; dans <italic>Com&#x0153;dia</italic><xref ref-type="fn" rid="fn27"><sup>27</sup></xref> et &#x00E0; la pr&#x00E9;face de Judith Cladel &#x00E0; <italic>Raoul de Cambrai</italic><xref ref-type="fn" rid="fn28"><sup>28</sup></xref>. &#x00C0; l&#x2019;origine, l&#x2019;acteur Andr&#x00E9; Brul&#x00E9; avait invit&#x00E9; La Roussarie &#x00E0; interpr&#x00E9;ter un r&#x00F4;le dans sa mise en sc&#x00E8;ne de <italic>Tristan et Iseut</italic>, pi&#x00E8;ce de Louis Artus inspir&#x00E9;e de l&#x2019;&#x00E9;dition de B&#x00E9;dier. La premi&#x00E8;re repr&#x00E9;sentation eut lieu le 20 janvier 1929 au Th&#x00E9;&#x00E2;tre du Palais de la M&#x00E9;diterran&#x00E9;e &#x00E0; Nice, avant d&#x2019;&#x00EA;tre reprise le 19 mars au th&#x00E9;&#x00E2;tre Sarah-Bernhardt &#x00E0; Paris<xref ref-type="fn" rid="fn29"><sup>29</sup></xref>. Judith Cladel rapporte que Brul&#x00E9; proposa &#x00E0; La Roussarie de participer &#x00E0; la version parisienne, mais que celui-ci d&#x00E9;clina : &#x00AB; Trop modeste, craignant ce passage impr&#x00E9;vu du genre bouffon dans lequel il excelle aux sommets d&#x2019;une &#x0153;uvre tragique, l&#x2019;artiste se r&#x00E9;cusa &#x00BB;<xref ref-type="fn" rid="fn30"><sup>30</sup></xref>. Ce refus se r&#x00E9;v&#x00E9;la n&#x00E9;anmoins providentiel, puisqu&#x2019;il permit &#x00E0; l&#x2019;acteur de rencontrer B&#x00E9;dier. Celui-ci lui parla de <italic>Raoul de Cambrai</italic>, chanson de geste du XII<sup>e</sup> si&#x00E8;cle, et La Roussarie, aussit&#x00F4;t fascin&#x00E9;, se pr&#x00E9;cipita &#x00E0; la Biblioth&#x00E8;que nationale pour en consulter le manuscrit. Cette d&#x00E9;couverte ag&#x00EE;t sur lui comme une v&#x00E9;ritable r&#x00E9;v&#x00E9;lation : il comprit que &#x00AB; il n&#x2019;&#x00E9;tait sans doute ni p&#x00E2;tissier, ni histrion, mais trouv&#x00E8;re &#x00BB;<xref ref-type="fn" rid="fn31"><sup>31</sup></xref>. Henri Focillon, Auguste Nardy et Fr&#x00E9;d&#x00E9;ric Pottecher t&#x00E9;moign&#x00E8;rent de l&#x2019;enthousiasme qui l&#x2019;anima apr&#x00E8;s ces lectures. Il ne s&#x2019;arr&#x00EA;ta d&#x2019;ailleurs pas &#x00E0; <italic>Raoul de Cambrai</italic> : il relut &#x00E9;galement la <italic>Chanson de Roland</italic> et entreprit une r&#x00E9;&#x00E9;criture d&#x2019;<italic>Anse&#x00EF;s de Carthage</italic>.</p>
<p>La pr&#x00E9;carit&#x00E9; qui avait marqu&#x00E9; toute l&#x2019;existence de Claudius La Roussarie se confirme et s&#x2019;accentue au cours de la derni&#x00E8;re d&#x00E9;cennie de sa vie. Rest&#x00E9; seul, charg&#x00E9; de l&#x2019;entretien et de l&#x2019;&#x00E9;ducation de sa fille, il tente de subvenir &#x00E0; ses besoins par le th&#x00E9;&#x00E2;tre, dont les revenus ne lui assurent cependant qu&#x2019;un minimum vital. Deux articles de l&#x2019;hiver 1932<xref ref-type="fn" rid="fn32"><sup>32</sup></xref> d&#x00E9;crivent les conditions modestes dans lesquelles il vivait alors, retir&#x00E9; dans une mansarde au septi&#x00E8;me &#x00E9;tage d&#x2019;un immeuble de la rue &#x00C9;douard-Branly, &#x00E0; Issy-les-Moulineaux, entour&#x00E9; de quelques meubles et d&#x2019;objets charg&#x00E9;s de souvenirs de son parcours artistique.<xref ref-type="fn" rid="fn33"><sup>33</sup></xref> Sous son bureau se trouvait une valise entrouverte, que La Roussarie d&#x00E9;signait lui-m&#x00EA;me comme &#x00AB; la valise de l&#x2019;histrion &#x00BB; : elle symbolisait un th&#x00E9;&#x00E2;tre r&#x00E9;duit &#x00E0; un simple moyen de subsistance, sporadique et insuffisant<xref ref-type="fn" rid="fn34"><sup>34</sup></xref>. Pottecher souligne qu&#x2019;il s&#x2019;&#x00E9;tait d&#x00E8;s lors consacr&#x00E9; enti&#x00E8;rement &#x00E0; l&#x2019;&#x00E9;criture, d&#x00E9;tach&#x00E9; de tout confort mat&#x00E9;riel : &#x00AB; La &#x2018;mat&#x00E9;rielle&#x2019;? Il s&#x2019;en moque. Il lui suffit de vivre et parfois de jouer pour que son don de cr&#x00E9;ation vive et palpite &#x00BB;<xref ref-type="fn" rid="fn35"><sup>35</sup></xref>.</p>
<p>Les journalistes de l&#x2019;&#x00E9;poque le pr&#x00E9;sentent comme un nouvel acteur de la sc&#x00E8;ne litt&#x00E9;raire, appel&#x00E9; &#x00E0; en renouveler profond&#x00E9;ment les formes. Plusieurs t&#x00E9;moignages insistent sur une habitude singuli&#x00E8;re : recevoir les visiteurs en d&#x00E9;clamant &#x00E0; pleins poumons des vers de quelque po&#x00E8;me m&#x00E9;di&#x00E9;val. Avec humour, La Roussarie se d&#x00E9;finissait lui-m&#x00EA;me comme &#x00AB; [&#x2026;] un homme du douzi&#x00E8;me si&#x00E8;cle, r&#x00E9;incarn&#x00E9;. Je descends de la cath&#x00E9;drale de Chartres, pour vous server &#x00BB; , avant de raconter sa vie<xref ref-type="fn" rid="fn36"><sup>36</sup></xref>. Pouey, dans un portrait saisissant, le d&#x00E9;crit ainsi : &#x00AB; Court et rond, il porte au-dessus de trop larges &#x00E9;paules une t&#x00EA;te formidable, l&#x00E9;onine. Sur le visage puissant et mobile s&#x2019;inscrit en lignes douces toute la gamme des sourires, de l&#x2019;ironique &#x00E0; l&#x2019;amer. Les yeux br&#x00FB;lent d&#x2019;intelligence ; pourtant le regard semble &#x00E9;merveill&#x00E9;, comme celui d&#x2019;un enfant ou d&#x2019;un po&#x00E8;te. Et, au-dessous, le corps de Sancho Pan&#x00E7;a &#x00BB;<xref ref-type="fn" rid="fn37"><sup>37</sup></xref> .</p>
<p>Entre 1933 et 1936, La Roussarie quitta Issy-les-Moulineaux pour s&#x2019;installer au 76, boulevard S&#x00E9;rurier, dans le XIX&#x1D49; arrondissement de Paris, o&#x00F9; il demeura jusqu&#x2019;&#x00E0; sa mort<xref ref-type="fn" rid="fn38"><sup>38</sup></xref>, survenue le 4 septembre 1940 &#x00E0; l&#x2019;H&#x00F4;tel-Dieu de Paris<xref ref-type="fn" rid="fn39"><sup>39</sup></xref>. Il fut inhum&#x00E9; le 8 septembre au cimeti&#x00E8;re de Thiais (Val-de-Marne)<xref ref-type="fn" rid="fn40"><sup>40</sup></xref>.</p>
</sec>
<sec id="S6"><title>Le projet &#x00E9;ditorial avec Edgar Malf&#x00E8;re</title>
<p>Au cours de la d&#x00E9;cennie 1930-1940, l&#x2019;activit&#x00E9; litt&#x00E9;raire de Claudius La Roussarie se concentra sur la litt&#x00E9;rature m&#x00E9;di&#x00E9;vale &#x2014; stimul&#x00E9;e par sa rencontre fortuite avec Joseph B&#x00E9;dier &#x2014; et se d&#x00E9;veloppa selon deux orientations principales : la production et la vulgarisation.</p>
<p>Du c&#x00F4;t&#x00E9; de la vulgarisation, La Roussarie participa &#x00E0; plusieurs &#x00E9;missions radiophoniques consacr&#x00E9;es aux textes fondateurs de la litt&#x00E9;rature fran&#x00E7;aise, au cours desquelles il proposait des lectures. Ses interventions, diffus&#x00E9;es notamment sur Radio Paris et Radio Tour Eiffel entre 1939 et le d&#x00E9;but de 1940, port&#x00E8;rent sur des &#x0153;uvres telles que <italic>Le roman de la rose</italic><xref ref-type="fn" rid="fn41"><sup>41</sup></xref>, <italic>Les l&#x00E9;gendes &#x00E9;piques</italic><xref ref-type="fn" rid="fn42"><sup>42</sup></xref>, <italic>Gormond et Isembart</italic><xref ref-type="fn" rid="fn43"><sup>43</sup></xref>, et <italic>Anse&#x00EF;s de Carthage</italic><xref ref-type="fn" rid="fn44"><sup>44</sup></xref>. Comme ces programmes &#x00E9;taient transmis en direct et non enregistr&#x00E9;s, aucune trace sonore de sa voix ne nous est parvenue.</p>
<p>En ce qui concerne la production &#x2014; motiv&#x00E9;e elle aussi par le d&#x00E9;sir de rendre les textes m&#x00E9;di&#x00E9;vaux accessibles &#x00E0; un large public non sp&#x00E9;cialiste &#x2014; La Roussarie collabora avec l&#x2019;&#x00E9;diteur Edgar Malf&#x00E8;re. D&#x2019;origine belge puis naturalis&#x00E9; fran&#x00E7;ais, Malf&#x00E8;re &#x00E9;tait r&#x00E9;put&#x00E9; pour son engagement : il avait publi&#x00E9; une monumentale s&#x00E9;rie en cinq volumes en hommage aux po&#x00E8;tes-soldats tomb&#x00E9;s au front durant la Premi&#x00E8;re Guerre mondiale<xref ref-type="fn" rid="fn45"><sup>45</sup></xref> et avant offert par ailleurs une tribune &#x00E0; de jeunes auteurs contemporains, dont plusieurs acc&#x00E9;d&#x00E8;rent ensuite &#x00E0; une reconnaissance nationale<xref ref-type="fn" rid="fn46"><sup>46</sup></xref>.</p>
<p>La collaboration entre La Roussarie et Malf&#x00E8;re prit la forme d&#x2019;un ambitieux projet &#x00E9;ditorial comprenant une dizaine d&#x2019;ouvrages, comme en t&#x00E9;moigne la liste figurant en ouverture de l&#x2019;&#x00E9;dition d&#x2019;<italic>Anse&#x00EF;s de Carthage</italic> en 1938 : &#x00AB; <italic>La Chanson de Rollant</italic>; <italic>Les Quatre Fils Aymon</italic> (2 volumes) ; <italic>Le Roman de la Rose</italic> (3 volumes) ; <italic>Li&#x00E9;nore</italic>, <italic>la Jeune fille &#x00E0; la Rose</italic>, d&#x2019;apr&#x00E8;s un texte po&#x00E9;tique du XII<sup>e</sup> si&#x00E8;cle ; <italic>L&#x2019;A&#x00E8;de et l&#x2019;Histrion</italic> (10 volumes) ; <italic>Hilarius Myser</italic> (1 volume) ; <italic>Janssen, ou l&#x2019;Id&#x00E9;al</italic> ; <italic>Verdier, ou le G&#x00E9;nie</italic> &#x00BB;<xref ref-type="fn" rid="fn47"><sup>47</sup></xref>. Apr&#x00E8;s la publication de <italic>Raoul de Cambrai</italic> et d&#x2019;<italic>Anse&#x00EF;s de Carthage</italic> &#x2013; les deux premiers titres de la liste mentionn&#x00E9;e &#x2014; cet ambitieux projet &#x00E9;ditorial fut subitement interrompu par le d&#x00E9;c&#x00E8;s de La Roussarie.</p>
<p>De cet ensemble, seulement trois textes sont attest&#x00E9;s aujourd&#x2019;hui : <italic>Le Roman de la Rose</italic>, <italic>L&#x2019;A&#x00E8;de et l&#x2019;Histrion</italic>, et <italic>Hilarius Myser</italic>. La traduction in&#x00E9;dite du <italic>Roman de la Rose</italic> servit de base &#x00E0; une pi&#x00E8;ce programm&#x00E9;e en 1937 dans les <italic>Matin&#x00E9;es po&#x00E9;tiques</italic> de la Com&#x00E9;die-Fran&#x00E7;aise, aux c&#x00F4;t&#x00E9;s de l&#x2019;adaptation de <italic>Tristan et Iseut</italic> par B&#x00E9;dier et Artus, ainsi que des traductions de la <italic>Chanson de Roland</italic> et de <italic>La Mort d&#x2019;Olivier</italic> dues &#x00E0; B&#x00E9;dier<xref ref-type="fn" rid="fn48"><sup>48</sup></xref>. Cependant, aucune copie de ce texte n&#x2019;a &#x00E9;t&#x00E9; conserv&#x00E9;e.</p>
</sec>
<sec id="S7"><title>Les &#x00E9;crits in&#x00E9;dits conserves</title>
<p>De <italic>L&#x2019;A&#x00E8;de et l&#x2019;Histrion</italic> et d&#x2019;<italic>Hilarius Myser</italic>, nous poss&#x00E9;dons aujourd&#x2019;hui les copies conserv&#x00E9;es dans le fonds Marc Brisac, &#x00E0; Lyon, qui rassemble &#x00E0; la fois les notes de l&#x2019;&#x00E9;rudit et ses manuscrits.</p>
<p>Apr&#x00E8;s avoir abandonn&#x00E9; les essais po&#x00E9;tiques de jeunesse, La Roussarie se consacra &#x00E0; l&#x2019;&#x00E9;criture en prose tout au long de sa vie. Il s&#x2019;agit d&#x2019;une production &#x00AB; hors scene &#x00BB; , &#x00E9;labor&#x00E9;e en marge de ses tourn&#x00E9;es, aux moments o&#x00F9; il pouvait enfin se livrer &#x00E0; l&#x2019;&#x00E9;tude et &#x00E0; la r&#x00E9;flexion. &#x00C0; l&#x2019;issue des repr&#x00E9;sentations, il se plongeait ainsi dans une intense activit&#x00E9; litt&#x00E9;raire, travaillant notamment &#x00E0; une volumineuse autobiographie que ses proches qualifiaient d&#x2019;&#x00AB; &#x0153;uvre &#x00E9;tonnante &#x00BB;<xref ref-type="fn" rid="fn49"><sup>49</sup></xref>. Un article paru en 1933 en annon&#x00E7;ait d&#x2019;ailleurs la publication, sans toutefois en pr&#x00E9;ciser le titre<xref ref-type="fn" rid="fn50"><sup>50</sup></xref> ; en r&#x00E9;alit&#x00E9;, l&#x2019;ouvrage ne vit jamais le jour.</p>
<p>Le manuscrit d&#x2019;<italic>Hilarius Myser . Com&#x00E9;dien de province</italic> se pr&#x00E9;sente sous la forme d&#x2019;un ensemble de trente feuillets non reli&#x00E9;s, r&#x00E9;dig&#x00E9;s au recto verso et divis&#x00E9;s en douze chapitres titr&#x00E9;s et num&#x00E9;rot&#x00E9;s en chiffres romains. Le protagoniste, Francisque Pomard, ancien choriste devenu acteur, appara&#x00EE;t comme un double transparent de La Roussarie. Sa rencontre avec Hilarius Myser, com&#x00E9;dien de province d&#x00E9;crit comme son &#x00AB; antith&#x00E8;se absolue &#x00BB;, structure le r&#x00E9;cit : &#x00AB; Le contraste de leur deux natures constituait une extraordinaire ironie du destin. L&#x2019;un &#x00E9;tait r&#x00E9;sign&#x00E9;, placide et sans d&#x00E9;fense, le second ne cessait de r&#x00E9;criminer contre l&#x2019;humanit&#x00E9; &#x00BB;<xref ref-type="fn" rid="fn51"><sup>51</sup></xref>. Les deux hommes se rencontrent par hasard, engag&#x00E9;s dans une troupe th&#x00E9;&#x00E2;trale de second ordre en province ; ils se lient aussit&#x00F4;t d&#x2019;amiti&#x00E9; et d&#x00E9;veloppent un fort compagnonnage intellectuel. Le manuscrit, dat&#x00E9; de novembre-d&#x00E9;cembre 1921 mais retravaill&#x00E9; jusqu&#x2019;en 1933, s&#x2019;ouvre par une citation de Victor Hugo (&#x00AB; Un po&#x00E8;te est un monde enferm&#x00E9; dans un homme &#x00BB;) et porte une d&#x00E9;dicace autographe &#x00E0; Marc Brisac : &#x00AB; &#x00C0; Marc Brisac. Son vieux compaing. Claudius La Roussarie &#x00BB;.</p>
<p><italic>L&#x2019;A&#x00E8;de et l&#x2019;Histrion</italic>, quant &#x00E0; lui, correspond au <italic>Memorandum</italic> du fonds Brisac ; il est probable que La Roussarie ait modifi&#x00E9; le titre entre la composition et la perspective de publication chez Malf&#x00E8;re. Ce choix n&#x2019;est pas anodin car &#x00E0; la fin du dernier volume de <italic>Memorandum</italic> figure une liste manuscrite des dix volumes projet&#x00E9;s, dont le premier porte bien le titre, &#x00AB; L&#x2019;A&#x00C8;DE et L&#x2019;HISTRION &#x00BB;<xref ref-type="fn" rid="fn52"><sup>52</sup></xref>.</p>
<p>Le texte se pr&#x00E9;sente sous forme dactylographi&#x00E9;e en dix volumes, dont seuls les volumes V, IX et X &#x2014; &#x00E0; notre connaissance &#x2014; sont aujourd&#x2019;hui conserv&#x00E9;s. Chacun d&#x2019;eux comporte un exergue distinct. Le cinqui&#x00E8;me est d&#x00E9;di&#x00E9; &#x00AB; Aux martyrs de la civilisation contemporaine &#x00BB; ; le neuvi&#x00E8;me, &#x00E0; Marthe Verhaeren, &#x00AB; Gardienne du souvenir, Compagne d&#x2019;une grande Flamme &#x00BB; ; et le dixi&#x00E8;me, &#x00AB; &#x00E0; la m&#x00E9;moire des ma&#x00EE;tres du Romantisme &#x00BB;. Le cinqui&#x00E8;me volume porte en outre une d&#x00E9;dicace manuscrite &#x00E0; Marc Brisac : &#x00AB; &#x00C0; Marc Brisac, en souvenir des jours lointains et cependant si proches de nos jeunesses fulgurantes en Lugdunum ; En souvenir &#x00E9;galement des compagnons qui nous ont quitt&#x00E9;. L&#x2019;a&#x00E8;de et l&#x2019;histrion reconnaissants lui offrent en toute amiti&#x00E9; les pages de ce memorandum. Claudius La Roussarie &#x00BB; .</p>
<p>Dans cette &#x0153;uvre &#x00E9;merge avec force la dichotomie que La Roussarie v&#x00E9;cut tout au long de sa vie et de sa carri&#x00E8;re : d&#x2019;un c&#x00F4;t&#x00E9;, son &#x00E9;lan litt&#x00E9;raire, incarn&#x00E9; dans le texte par la figure de l&#x2019;a&#x00E8;de, et de l&#x2019;autre, son activit&#x00E9; th&#x00E9;&#x00E2;trale, incarn&#x00E9;e par l&#x2019;histrion. Cette prose autobiographique se pr&#x00E9;sente en effet comme un dialogue constant entre ces deux composantes de son identit&#x00E9;, fr&#x00E9;quemment en tension. Les &#x00E9;v&#x00E9;nements ne sont pas rapport&#x00E9;s dans une perspective de rigueur chronologique ou g&#x00E9;ographique, ni dans l&#x2019;intention de restituer fid&#x00E8;lement la r&#x00E9;alit&#x00E9; de ses exp&#x00E9;riences. Il s&#x2019;agit plut&#x00F4;t d&#x2019;une autobiographie romanc&#x00E9;e, dans laquelle lieux, dates et personnes sont volontairement laiss&#x00E9;s dans le flou, afin d&#x2019;ouvrir l&#x2019;espace aux divagations, aux r&#x00E9;flexions et aux m&#x00E9;ditations des deux voix narratives.</p>
<p>L&#x2019;un des fils conducteurs de l&#x2019;&#x0153;uvre semble r&#x00E9;sider dans le d&#x00E9;sir d&#x2019;&#x00EA;tre reconnu non seulement comme acteur, mais surtout comme auteur, digne d&#x2019;&#x00EA;tre cit&#x00E9; et de demeurer dans la m&#x00E9;moire future. La Roussarie, cependant, se montre pleinement conscient de la r&#x00E9;alit&#x00E9; de sa situation, qu&#x2019;il exprime dans certains passages avec une sinc&#x00E9;rit&#x00E9; parfois teint&#x00E9;e de frustration, voire d&#x2019;agacement. Ainsi, &#x00E0; propos de son premier travail sur un texte m&#x00E9;di&#x00E9;val, <italic>Raoul de Cambrai</italic>, il note &#x00E0; la date du 1<sup>er</sup> septembre 1930 : &#x00AB; les Bonzes chenus, crevass&#x00E9;s et cornus de l&#x2019;Universit&#x00E9; s&#x2019;appr&#x00EA;tent &#x00E0; nous br&#x00FB;ler en effigie, l&#x2019;un et l&#x2019;autre &#x00BB;, ajoutant en note : &#x00AB; Refus de Joseph B&#x00E9;dier qui ne reconna&#x00EE;t pas notre traduction de <italic>Raoul de Cambrai</italic> &#x00BB;<xref ref-type="fn" rid="fn53"><sup>53</sup></xref>.</p>
</sec>
<sec id="S8"><title>Claudius La Roussarie : un ph&#x00E9;nom&#x00E8;ne litt&#x00E9;raire?</title>
<p>La quasi-totalit&#x00E9; des comptes rendus consacr&#x00E9;s &#x00E0; la publication de <italic>Raoul de Cambrai</italic> par La Roussarie, parfois r&#x00E9;dig&#x00E9;s par des proches de l&#x2019;auteur, expriment des avis positifs, voire tr&#x00E8;s &#x00E9;logieux<xref ref-type="fn" rid="fn54"><sup>54</sup></xref>. En revanche, pour <italic>Anse&#x00EF;s de Carthage</italic>, une seule recension est actuellement d&#x00E9;nombr&#x00E9;e, mais elle m&#x00E9;rite une attention particuli&#x00E8;re, car elle caract&#x00E9;rise l&#x2019;approche de La Roussarie en ces termes : &#x00AB; Le renouvellement de M. La Roussarie consiste &#x00E0; ne traduire qu&#x2019;&#x00E0; moiti&#x00E9; le texte ancien de fa&#x00E7;on &#x00E0; lui conserver son aspect m&#x00E9;di&#x00E9;val [&#x2026;] ce n&#x2019;est ni du roman ni du fran&#x00E7;ais moderne, ni des vers ni de la prose, car M. La Roussarie conserve les assonances. Le r&#x00E9;sultat est curieux &#x00BB;<xref ref-type="fn" rid="fn55"><sup>55</sup></xref>. Ce jugement nuanc&#x00E9; met en lumi&#x00E8;re les sp&#x00E9;cificit&#x00E9;s stylistiques de l&#x2019;&#x00E9;criture de La Roussarie. Ces m&#x00EA;mes particularit&#x00E9;s sont au c&#x0153;ur des critiques positives, qui saluent sa capacit&#x00E9; &#x00E0; rendre un texte m&#x00E9;di&#x00E9;val accessible sans en alt&#x00E9;rer la langue ni l&#x2019;esprit. C&#x2019;est la fid&#x00E9;lit&#x00E9; au souffle m&#x00E9;di&#x00E9;val, alli&#x00E9;e &#x00E0; un effort de transmission, qui distingua le travail de La Roussarie et suscita l&#x2019;int&#x00E9;r&#x00EA;t de ses contemporains.</p>
<p>Parmi tant d&#x2019;avis positifs, deux critiques n&#x00E9;gatives se d&#x00E9;marquent. La premi&#x00E8;re, publi&#x00E9;e dans la <italic>Revue des lectures</italic> du 15 f&#x00E9;vrier 1933, figure dans la section consacr&#x00E9;e aux principales nouveaut&#x00E9;s litt&#x00E9;raire<xref ref-type="fn" rid="fn56"><sup>56</sup></xref>. Les choix linguistiques adopt&#x00E9;s par La Roussarie, g&#x00E9;n&#x00E9;ralement appr&#x00E9;ci&#x00E9;s dans les autres recensions, y sont qualifi&#x00E9;s de &#x00AB; formes bizarres &#x00BB; qui d&#x00E9;concertent le romaniste. Toutefois, malgr&#x00E9; cette r&#x00E9;serve majeure sur la langue et le style employ&#x00E9;s, le critique reconna&#x00EE;t que l&#x2019;atmosph&#x00E8;re g&#x00E9;n&#x00E9;rale de la chanson de geste est pr&#x00E9;serv&#x00E9;e et fid&#x00E8;lement restitu&#x00E9;e au lecteur. En conclusion, il s&#x2019;abstient de trancher et renvoie le jugement au grand public, auquel, selon lui, cette &#x0153;uvre est destin&#x00E9;e.</p>
<p>La seconde recension d&#x00E9;favorable, bien plus s&#x00E9;v&#x00E8;re, para&#x00EE;t dans le journal <italic>Le Temps</italic> du 23 mars 1933<xref ref-type="fn" rid="fn57"><sup>57</sup></xref>. Dans la rubrique <italic>Les Livres</italic> du <italic>Feuilleton du Temps</italic>, le critique litt&#x00E9;raire Andr&#x00E9; Th&#x00E9;rive s&#x2019;exprime sur le <italic>Raoul de Cambrai</italic> de Claudius La Roussarie et sur trois ouvrages du philologue Maurice Wilmotte. La comparaison est sans appel.</p>
<p>Th&#x00E9;rive met en regard des travaux radicalement oppos&#x00E9;s tant par leur objectif &#x00E9;ditorial que par le profil de leurs auteurs. Prenant l&#x2019;ouvrage de La Roussarie comme exemple des lacunes dans la connaissance de la litt&#x00E9;rature m&#x00E9;di&#x00E9;vale en France, le critique cite la d&#x00E9;dicace de l&#x2019;auteur &#x00E0; B&#x00E9;dier et commente avec sarcasme : &#x00AB; Je serais &#x00E9;tonn&#x00E9; si le ma&#x00EE;tre avouait l&#x2019;&#x00E9;l&#x00E8;ve &#x00BB;. Son analyse du renouvellement de <italic>Raoul de Cambrai</italic> est teint&#x00E9;e d&#x2019;une ironie mordante, s&#x2019;appuyant sur un jeu de contrastes avec certaines phrases de la pr&#x00E9;face de Judith Cladel. Th&#x00E9;rive va jusqu&#x2019;&#x00E0; recommander de faire dispara&#x00EE;tre les publications de La Roussarie de la circulation, concluant par cette apostrophe cinglante : &#x00AB; M. La Roussarie annonce deux autres chansons de geste. Supplions-le d&#x2019;en faire son deuil &#x00BB;.</p>
</sec>
<sec id="S9"><title>Un g&#x00E9;nie incompris?</title>
<p>En d&#x00E9;finitive, l&#x2019;&#x00E9;tude de Claudius La Roussarie invite &#x00E0; r&#x00E9;interroger les fronti&#x00E8;res entre l&#x2019;&#x00E9;rudition acad&#x00E9;mique et la cr&#x00E9;ation litt&#x00E9;raire, entre le monde de la sc&#x00E8;ne et celui des lettres. Personnage en marge, il n&#x2019;en refl&#x00E8;te pas moins certaines tensions essentielles de son temps : la volont&#x00E9; de d&#x00E9;mocratiser l&#x2019;acc&#x00E8;s aux textes m&#x00E9;di&#x00E9;vaux, la qu&#x00EA;te d&#x2019;une reconnaissance artistique hors des circuits institutionnels, et le d&#x00E9;sir d&#x2019;inscrire sa voix dans une tradition litt&#x00E9;raire s&#x00E9;culaire. Son &#x0153;uvre, encore largement in&#x00E9;dite, appelle de futures investigations et surtout une &#x00E9;dition critique qui permettrait d&#x2019;en appr&#x00E9;cier toute la port&#x00E9;e. La red&#x00E9;couverte de La Roussarie ne vise pas seulement &#x00E0; restituer &#x00E0; l&#x2019;histoire litt&#x00E9;raire un auteur oubli&#x00E9; ; elle invite aussi &#x00E0; envisager d&#x2019;autres mani&#x00E8;res, moins normatives et plus transversales, d&#x2019;&#x00E9;crire l&#x2019;histoire culturelle du premier XX&#x1D49; si&#x00E8;cle.</p>
<p>Dans son autobiographie, La Roussarie lui-m&#x00EA;me revendiquait ce statut singulier, en rupture avec les conventions m&#x00E9;morielles &#x00E9;tablies, et affirmait la l&#x00E9;gitimit&#x00E9; d&#x2019;une &#x00E9;criture des souvenirs qui ne soit plus r&#x00E9;serv&#x00E9;e aux &#x00AB; c&#x00E9;l&#x00E9;brit&#x00E9;s &#x00BB; : &#x00AB; On aura du nouveau &#x00E0; raconter aux camarades. En ce temps-l&#x00E0;, on en avait encore quelques-uns, on &#x00E9;tait plus jeune; on &#x00E9;tait moins seul, et l&#x2019;on ne songeait pas &#x00E0; &#x00E9;crire des souvenirs ; on se contentait de les vivre, ce qui &#x00E9;tait bien plus mieux beau, on vous l&#x2019;assure, gens qui lirez ceci tout en vous demandant si c&#x2019;est bien arriv&#x00E9;. Jusqu&#x2019;&#x00E0; pr&#x00E9;sent, c&#x2019;&#x00E9;taient les c&#x00E9;l&#x00E9;brit&#x00E9;s qui &#x00E9;crivaient leurs m&#x00E9;moires, nous, on a boulevers&#x00E9; tout &#x00E7;a &#x00BB;<xref ref-type="fn" rid="fn58"><sup>58</sup></xref>.</p>
</sec>
</body>
<back>
<fn-group>
<fn id="fn1"><label>1</label><p>Claudius La Roussarie, <italic>Anse&#x00EF;s de Cartage. Chanson de geste du XIII<sup>e</sup> si&#x00E8;cle renouvel&#x00E9;e par Claudius La Roussarie</italic> (Soci&#x00E9;t&#x00E9; fran&#x00E7;aise d&#x2019;&#x00E9;ditions litt&#x00E9;raires et techniques, 1938).</p></fn>
<fn id="fn2"><label>2</label><p>Claudius La Roussarie, <italic>Raoul de Cambrai. Chanson de geste du XII<sup>e</sup> si&#x00E8;cle renouvel&#x00E9;e par Claudius La Roussarie</italic> (Soci&#x00E9;t&#x00E9; fran&#x00E7;aise d&#x2019;&#x00E9;ditions litt&#x00E9;raires et techniques, 1932).</p></fn>
<fn id="fn3"><label>3</label><p>Auguste Nardy, &#x00AB; Un ph&#x00E9;nom&#x00E8;ne litt&#x00E9;raire : Claudius La Roussarie &#x00BB;, <italic>L&#x2019;&#x0152;uvre</italic>, 6 d&#x00E9;cembre 1932, <ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4618643t/f5.image">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4618643t/f5.image</ext-link>.</p></fn>
<fn id="fn4"><label>4</label><p>Des fiches consacr&#x00E9;es &#x00E0; Claudius La Roussarie se trouvent dans <italic>Les Archives du Spectacle</italic>, <ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://lesarchivesduspectacle.net/p/93568-Claudius-La-Roussarie">https://lesarchivesduspectacle.net/p/93568-Claudius-La-Roussarie</ext-link> et dans <italic>BnF Data</italic>, <ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://data.bnf.fr/en/ark:/12148/cb12746726j">https://data.bnf.fr/en/ark:/12148/cb12746726j</ext-link>.</p></fn>
<fn id="fn5"><label>5</label><p>Bernard Poche, <italic>Dictionnaire bio-bibliographique des &#x00E9;crivains lyonnais (1880-1940)</italic> (BGA Permezel, 2007) ; Bernard Poche, <italic>Une culture autre. La litt&#x00E9;rature &#x00E0; Lyon 1890-1914</italic> (L&#x2019;Harmattan, 2010) ; Bernard Poche, <italic>La litt&#x00E9;rature &#x00E0; Lyon dans l&#x2019;entre-deux-guerres : l&#x2019;&#x00E9;rosion d&#x2019;une culture</italic> (L&#x2019;Harmattan, 2017).</p></fn>
<fn id="fn6"><label>6</label><p>L&#x2019;inventaire du fonds Marc Brisac (FRAD069/60 J) aux Archives d&#x00E9;partementales du Rh&#x00F4;ne et de la m&#x00E9;tropole de Lyon est disponible en ligne, <ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://archives.rhone.fr/media/c24c0701-df51-4917-b5d8-0c7521cff562.pdf">https://archives.rhone.fr/media/c24c0701-df51-4917-b5d8-0c7521cff562.pdf</ext-link>.</p></fn>
<fn id="fn7"><label>7</label><p>Fernand Pouey, &#x00AB; Comment, sur le char de Thespis, Claudius La Roussarie est all&#x00E9; de la p&#x00E2;tisserie aux chansons de geste &#x00BB;, <italic>Paris-soir</italic>, 20 d&#x00E9;cembre 1932, 3, <ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k76376265/f3.image">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k76376265/f3.image</ext-link>.</p></fn>
<fn id="fn8"><label>8</label><p>Les titres des sections biographiques s&#x2019;inspirent volontairement des mani&#x00E8;res diverses dont La Roussarie et ses proches aimaient le d&#x00E9;crire, afin de restituer au mieux la richesse et la singularit&#x00E9; de son profil.</p></fn>
<fn id="fn9"><label>9</label><p>Une reconstitution amateure de l&#x2019;arbre g&#x00E9;n&#x00E9;alogique de Claudius La Roussarie se trouve sur le site <italic>Geneanet</italic>, <ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://gw.geneanet.org/volcan?lang=it&amp;n=larroussarie&amp;p=antoine+ claudius">https://gw.geneanet.org/volcan?lang=it&amp;n=larroussarie&amp;p=antoine+ claudius</ext-link>.</p></fn>
<fn id="fn10"><label>10</label><p>Voir &#x00E0; titre d&#x2019;exemple Claudius La Roussarie, &#x00AB; La Voix au Th&#x00E9;&#x00E2;tre &#x00BB;, <italic>Revue musicale de Lyon</italic>, 5 janvier 1904, 138, <ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57514423/f6/f6.item.n12">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57514423/f6/f6.item.n12</ext-link>.</p></fn>
<fn id="fn11"><label>11</label><p>De ces deux recueils po&#x00E9;tiques, il ne reste apparemment aucune copie conserv&#x00E9;e.</p></fn>
<fn id="fn12"><label>12</label><p>Claudius La Roussarie, <italic>La Divine Harmonie</italic> (Mathot, 1910).</p></fn>
<fn id="fn13"><label>13</label><p>Pouey, &#x00AB; Comment, sur le char de Thespis &#x00BB;. Le journaliste ins&#x00E8;re dans son r&#x00E9;cit un detail &#x2013; v&#x00E9;ridique ou fictif? &#x2013; selon lequel La Roussarie serait parti avec les seuls huit francs qu&#x2019;il aurait trouv&#x00E9;s dans la caisse de la p&#x00E2;tisserie.</p></fn>
<fn id="fn14"><label>14</label><p>A. Morel, &#x00AB; Acteurs et Gastronomie &#x00BB;, <italic>Le Boulanger-p&#x00E2;tissier</italic> 68 (juillet 1938), 33, <ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t51317944m/f35.image">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t51317944m/f35.image</ext-link>.</p></fn>
<fn id="fn15"><label>15</label><p>&#x00AB; Claudius La Roussarie &#x00BB;, <italic>Spectator</italic>, 5 septembre 1919, 3, <ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k987839m/f3.item">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k987839m/f3.item</ext-link>.</p></fn>
<fn id="fn16"><label>16</label><p>Claudius La Roussarie, <italic>Memorandum</italic>, vol. V, 33 (1928-1930), FRAD069/60 J 17, Fonds Marc Brisac, Archives d&#x00E9;partementales du Rh&#x00F4;ne et de la m&#x00E9;tropole de Lyon.</p></fn>
<fn id="fn17"><label>17</label><p>L&#x2019;op&#x00E9;rette de Rapha&#x00EB;l Adam, en trois actes, avec des musiques d&#x2019;Henri Derouville, fut ensuite reprise pour dix repr&#x00E9;sentations, comme en t&#x00E9;moigne Edmond Stoullig, <italic>Les Annales du th&#x00E9;&#x00E2;tre et de la musique. Quaranti&#x00E8;me Ann&#x00E9;e 1914-1915</italic> (Paul Ollendorff, 1916), 357, <ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65646345/f381.item">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65646345/f381.item</ext-link>.</p></fn>
<fn id="fn18"><label>18</label><p><italic>Journal amusant</italic>, &#x00AB; Gait&#x00E9;-Lyrique. Le Prince Bonheur &#x00BB;, 18 juillet 1914, 11, <ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k55110513/f11.image">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k55110513/f11.image</ext-link>.</p></fn>
<fn id="fn19"><label>19</label><p>La Roussarie, <italic>Memorandum</italic>, vol. V, 33.</p></fn>
<fn id="fn20"><label>20</label><p>La Roussarie, <italic>Memorandum</italic>, vol. V, 155.</p></fn>
<fn id="fn21"><label>21</label><p>Une reconstitution amateure de l&#x2019;arbre g&#x00E9;n&#x00E9;alogique de Marie Marguerite Demagny se trouve sur le site <italic>Geneanet</italic>, <ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://gw.geneanet.org/volcan?lang=it&amp;n=demagny&amp;oc=0&amp;p=marie+marguerite&amp;type=fiche">https://gw.geneanet.org/volcan?lang=it&amp;n=demagny&amp;oc=0&amp;p=marie+marguerite&amp;type=fiche</ext-link>. Ce que nous savons d&#x2019;elle provient de son acte de naissance et de marriage : n&#x00E9;e &#x00E0; Mauny le 10 juillet 1892, domicili&#x00E9;e &#x00E0; Rouen, sans profession.</p></fn>
<fn id="fn22"><label>22</label><p>Voir l&#x2019;acte n. 471 (puis 20140), contenu dans le registre de l&#x2019;&#x00E9;tat civil 2E431, Archives de Rouen, <ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://archives.rouen.fr/registre-2E431/page-58/">https://archives.rouen.fr/registre-2E431/page-58/</ext-link>.</p></fn>
<fn id="fn23"><label>23</label><p>La Roussarie, <italic>Memorandum</italic>, vol. IX, 6.</p></fn>
<fn id="fn24"><label>24</label><p>Le r&#x00E9;cit des deux derniers jours de vie d&#x2019;&#x00C9;mile Verhaeren appara&#x00EE;t dans un article publi&#x00E9; &#x00E0; l&#x2019;occasion du trenti&#x00E8;me anniversaire de la mort du po&#x00E8;te symbolist : Gabriel Reuillard, &#x00AB; La derni&#x00E8;re nuit de Verhaeren &#x00BB;, <italic>Les nouvelles litt&#x00E9;raires, artistiques et scientifiques</italic>, 28 novembre 1946, <ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t595323h">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t595323h</ext-link>. Pour son r&#x00E9;cit, le journaliste semble se baser sur la lettre que La Roussarie &#x00E9;crivit &#x00E0; Judith Cladel pour annoncer le d&#x00E9;c&#x00E8;s de leur ami.</p></fn>
<fn id="fn25"><label>25</label><p>Voir la fiche IMDB du film, <ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://www.imdb.com/fr/title/tt6005676/?ref_=fn_all_ttl_1">https://www.imdb.com/fr/title/tt6005676/?ref_=fn_all_ttl_1</ext-link>. Les deux dramaturges Berr et Gavault avaient compos&#x00E9; &#x00E0; quatre mains la com&#x00E9;die <italic>Balancez vos dames</italic>, jou&#x00E9;e au th&#x00E9;&#x00E2;tre Grand-Guignol de Paris le 28 octobre 1900, puis publi&#x00E9;e par la Librairie Moli&#x00E8;re en 1903. La Roussarie avait probablement d&#x00E9;j&#x00E0; jou&#x00E9; un r&#x00F4;le dans cette pi&#x00E8;ce de th&#x00E9;&#x00E2;tre.</p></fn>
<fn id="fn26"><label>26</label><p>La Roussarie, <italic>Memorandum</italic>, vol. IX, 21 : &#x00AB; Madame-tout-en-nerfs, a d&#x00FB;, apr&#x00E8;s des trag&#x00E9;dies domestiques et des &#x00E9;preuves capitales que l&#x2019;on vous racontera, Elle a d&#x00FB;, disons-nous, chercher un abri contre la temp&#x00EA;te qui nous a dispers&#x00E9;s, en reprenant sans chichis, sans fracas, avec une abn&#x00E9;gation digne de l&#x2019;antique, son premier m&#x00E9;tier. Elle <underline>sert</underline> chez <underline>autrui</underline> ! Nos gains, insuffisants lorsque nous &#x00E9;tions r&#x00E9;unis, servent maintenant &#x00E0; l&#x2019;&#x00E9;ducation de l&#x2019;Enfant. Au prix de ce d&#x00E9;chirement, nous avons &#x00E9;chapp&#x00E9; au naufrage. On vit &#x00BB;.</p></fn>
<fn id="fn27"><label>27</label><p>H. Fr&#x00E9;d&#x00E9;ric Pottecher, &#x00AB; Comment, de p&#x00E2;tissier, puis acteur et r&#x00E9;gisseur Claudius La Roussarie en vint &#x00E0; adapter &#x2018;Raoul de Cambrai&#x2019; &#x00BB;, <italic>Com&#x0153;dia</italic>, 18 novembre 1932, 1, <ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7650613x/f1.image">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7650613x/f1.image</ext-link>.</p></fn>
<fn id="fn28"><label>28</label><p>La Roussarie, <italic>Raoul de Cambrai</italic>, 9-10.</p></fn>
<fn id="fn29"><label>29</label><p>Voir la fiche de l&#x2019;&#x0153;uvre, <italic>Les Archives du Spectacle</italic>,</p><p><ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://lesarchivesduspectacle.net/s/18934-Tristan-et-Iseut">https://lesarchivesduspectacle.net/s/18934-Tristan-et-Iseut</ext-link>.</p></fn>
<fn id="fn30"><label>30</label><p>La Roussarie, <italic>Raoul de Cambrai</italic>, 13.</p></fn>
<fn id="fn31"><label>31</label><p>Pouey, &#x00AB; Comment, sur le char de Thespis &#x00BB;.</p></fn>
<fn id="fn32"><label>32</label><p>Pottecher, &#x00AB; Comment, de p&#x00E2;tissier &#x00BB;, Pouey, &#x00AB; Comment, sur le char de Thespis &#x00BB;.</p></fn>
<fn id="fn33"><label>33</label><p>&#x00AB; Une table o&#x00F9; l&#x2019;on peut tout juste s&#x2019;accouder. Sous la table, la valise ventrue du com&#x00E9;dien de tourn&#x00E9;e; au-dessus, une &#x00E9;tag&#x00E8;re, dont les rayons plient sous le poids des bouquins. Un beau portrait de Verhaeren arrach&#x00E9; &#x00E0; un journal et mis sous verre. Des cartes postales: &#x2018;Chartres, d&#x00E9;tails de la cath&#x00E9;drale.&#x2019; &#x2026; Sous ces cartes postales, le lit &#x00E9;troit et carr&#x00E9; comme un lit de chambr&#x00E9;e. Deux chaises &#x00BB; : Pottecher, &#x00AB; Comment, de p&#x00E2;tissier &#x00BB;. Et encore : &#x00AB; [&#x2026;] la petite pi&#x00E8;ce, plus cellule que studio. Sur la table l&#x00E9;g&#x00E8;re, une lampe &#x00E0; p&#x00E9;trole &#x00E9;clairait faiblement l&#x2019;a&#x00E8;de d&#x00E9;cha&#x00EE;n&#x00E9;; un divan &#x00E9;troit, quelques livres, une bo&#x00EE;te de maquillage lui composaient un d&#x00E9;cor sans luxe &#x00BB;. Pouey, &#x00AB; Comment, sur le char de Thespis &#x00BB;.</p></fn>
<fn id="fn34"><label>34</label><p>La Roussarie d&#x00E9;pendait d&#x2019;une allocation de ch&#x00F4;mage de dix francs par jour.</p></fn>
<fn id="fn35"><label>35</label><p>Pottecher, &#x00AB; Comment, de p&#x00E2;tissier &#x00BB;.</p></fn>
<fn id="fn36"><label>36</label><p>Pouey, &#x00AB; Comment, sur le char de Thespis &#x00BB;.</p></fn>
<fn id="fn37"><label>37</label><p>Pouey, &#x00AB; Comment, sur le char de Thespis &#x00BB;.</p></fn>
<fn id="fn38"><label>38</label><p>Donn&#x00E9;es contenues dans le recensement de la population de Paris de 1936. Voir la page 1552 du registre D2M8 687, Archives de Paris.</p></fn>
<fn id="fn39"><label>39</label><p>Voir l&#x2019;acte n. 1328 du registre 4D 289, Archives de Paris.</p></fn>
<fn id="fn40"><label>40</label><p>Voir le registre d&#x2019;inhumation du cimeti&#x00E8;re de Thiais pour la p&#x00E9;riode du 12 ao&#x00FB;t 1940 au 9 septembre 1940, &#x00E0; la page 149, num&#x00E9;ro de mandat 1328, num&#x00E9;ro d&#x2019;ordre 2976, dans <italic>Geneanet</italic>, <ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://it.geneanet.org/registri/view/207503/29?individu_filter=12398974">https://it.geneanet.org/registri/view/207503/29?individu_filter=12398974</ext-link>.</p></fn>
<fn id="fn41"><label>41</label><p><italic>Choisir</italic>, Radio-Paris, 2 avril 1939, 19, <ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k51078806/f19.image">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k51078806/f19.image</ext-link>.</p></fn>
<fn id="fn42"><label>42</label><p><italic>L&#x2019;Ouest-&#x00C9;clair</italic>, Radio-Paris<italic>,</italic> 30 ao&#x00FB;t 1939, 8, <ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k661728t/f8.image">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k661728t/f8.image</ext-link>.</p></fn>
<fn id="fn43"><label>43</label><p><italic>L&#x2019;Ordre</italic>, Radio-Paris<italic>,</italic> 24 septembre 1939, 4,</p><p><ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5115464m/f4.image">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5115464m/f4.image</ext-link>.</p></fn>
<fn id="fn44"><label>44</label><p><italic>Le Grand &#x00E9;cho du Nord de la France</italic>, <italic>La radio</italic>, 14 f&#x00E9;vrier 1940,</p><p><ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4144547h/f4.image">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4144547h/f4.image</ext-link>. <italic>Le Petit Troyen</italic>, &#x00AB; Concerts radio &#x00BB;, 14 f&#x00E9;vrier 1940, <ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k43356355/f4.image">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k43356355/f4.image</ext-link>.</p></fn>
<fn id="fn45"><label>45</label><p><italic>L&#x2019;Anthologie des &#x00E9;crivains morts &#x00E0; la guerre 1914-1918</italic> (E. Malf&#x00E8;re, 1924-1926).</p></fn>
<fn id="fn46"><label>46</label><p>Il suffit de mentionner Fagus, Th&#x00E9;o Varlet, Alphonse M&#x00E9;t&#x00E9;ri&#x00E9;, ainsi que Thierry Sandre, qui obtint en 1924 le prix Goncourt pour sa trilogie <italic>Le Ch&#x00E8;vrefeuille, Le Purgatoire,</italic> et <italic>Le Chapitre XIII</italic>, publi&#x00E9;e chez Malf&#x00E8;re.</p></fn>
<fn id="fn47"><label>47</label><p>La Roussarie, <italic>Anse&#x00EF;s de Carthage</italic>, II.</p></fn>
<fn id="fn48"><label>48</label><p>&#x00C9;douard Champion, <italic>La Com&#x00E9;die fran&#x00E7;aise. Ann&#x00E9;e 1937</italic> (Munier, 1938), 238, <ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5368733k/f326.image">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5368733k/f326.image</ext-link>.</p></fn>
<fn id="fn49"><label>49</label><p>Jos&#x00E9; de B&#x00E9;rys, &#x201C;Claudius La Roussarie,&#x201D; <italic>Tout Lyon</italic>, 16 Avril 1933, <ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t52171666p/f1.image">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t52171666p/f1.image</ext-link>.</p></fn>
<fn id="fn50"><label>50</label><p>B&#x00E9;rys, &#x00AB; Claudius La Roussarie &#x00BB;.</p></fn>
<fn id="fn51"><label>51</label><p>Claudius La Roussarie, <italic>Hilarius Myser Myser . Com&#x00E9;dien de province</italic>, cap. I, 2 (1933) FRAD069/60 J 17, Fonds Marc Brisac, Archives d&#x00E9;partementales du Rh&#x00F4;ne et de la m&#x00E9;tropole de Lyon.</p></fn>
<fn id="fn52"><label>52</label><p>Nous respectons l&#x2019;utilisation des lettres capitales et la police adopt&#x00E9;e par l&#x2019;auteur m&#x00EA;me. Le deuxi&#x00E8;me volume de la liste est le seul &#x00E0; ne pas pr&#x00E9;senter de titre. Les autres sont : &#x00AB; III - LA SOURCE DES LARMES. IV - LES MIROIRS DU R&#x00C9;EL. V - LE COM&#x00C9;DIEN dans la TEMPETE. VI - LE MARIAGE DE L&#x2019;HISTRION. VII - a - B&#x00C9;N&#x00C9;FICES DE GUERRE. VIII - b - B&#x00C9;N&#x00C9;FICES DE GUERRE. IX - c - id - id - id - id ---- X - On garde les m&#x00EA;mes et l&#x2019;on recommence &#x00BB;.</p></fn>
<fn id="fn53"><label>53</label><p><italic>Memorandum</italic>, vol. X, 1.</p></fn>
<fn id="fn54"><label>54</label><p>Voici la liste des recensions consult&#x00E9;es et disponibles en format num&#x00E9;rique. Nardy, &#x00AB; Un ph&#x00E9;nom&#x00E8;ne litt&#x00E9;raire &#x00BB;. Th&#x00E9;o Varlet, &#x00AB; Romans et Traductions. Raoul de Cambrai &#x00BB;, <italic>L&#x2019;Esprit fran&#x00E7;ais</italic> VIII/78 (1933) : 314, <ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56802700/f323.image">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56802700/f323.image</ext-link>. Octave Beliard, &#x00AB; Raoul de Cambrai &#x00BB;, <italic>Les Hommes du jour</italic>, 2 f&#x00E9;vrier 1933, 15, <ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5735086j/f15.image">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5735086j/f15.image</ext-link>, Raymond Nogu&#x00E9;, &#x00AB; Raoul de Cambrai &#x00BB;<italic>, L&#x2019;Association m&#x00E9;dicale</italic> 3 (1933), 166 : <ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5851701f/f60.image">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5851701f/f60.image</ext-link>. Nardy, &#x00AB; Raoul de Cambrai &#x00BB; B&#x00E9;rys, &#x00AB; Claudius La Roussarie &#x00BB;. Lucien Peyrin, &#x00AB; Courrier litt&#x00E9;raire. Histoire. Raoul de Cambrai &#x00BB;, <italic>L&#x2019;Homme libre</italic>, 9 ao&#x00FB;t 1933 : 2,</p><p><ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7600217t/f2.image">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7600217t/f2.image</ext-link>. Louis de Mondadon, &#x00AB; Textes fran&#x00E7;ais. Raoul de Cambrai &#x00BB;, <italic>&#x00C9;tudes</italic>, <italic>revue fond&#x00E9;e en 1856 par des P&#x00E8;res de la Compagnie de J&#x00E9;sus</italic> 221 (1934) : 562, <ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1137928/f567.image">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1137928/f567.image</ext-link>.</p></fn>
<fn id="fn55"><label>55</label><p>&#x00C9;mile Bouvier, &#x00AB; Notes de lecture &#x00BB;, <italic>La Lumi&#x00E8;re</italic>, 23 septembre 1938, 6, <ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5118656g/f6.image">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5118656g/f6.image</ext-link>.</p></fn>
<fn id="fn56"><label>56</label><p>&#x00AB; Litt&#x00E9;rature, m&#x00E9;langes litt&#x00E9;raires. Raoul de Cambrai &#x00BB;, <italic>Revue des lectures</italic>, 1 (1933): 226, <ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5751610t/f232.image">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5751610t/f232.image</ext-link>. On ne conna&#x00EE;t pas la signature de cette recension.</p></fn>
<fn id="fn57"><label>57</label><p>Andr&#x00E9; Th&#x00E9;rive, &#x00AB; Les livres &#x00BB;, <italic>Le Temps</italic>, 23 mars 1933, np,</p><p><ext-link xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" ext-link-type="uri" xlink:type="simple" xlink:href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k249137t/f3.image">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k249137t/f3.image</ext-link>.</p></fn>
<fn id="fn58"><label>58</label><p>La Roussarie, <italic>Memorandum</italic>, vol. V, 8-9.</p></fn>
</fn-group>
<bio>Floriana Ceresato est dipl&#x00F4;m&#x00E9;e en Philologie Romane de l&#x2019;Universit&#x00E9; de Padoue. Elle est titulaire d&#x2019;un Doctorat international en Langues, Litt&#x00E9;ratures et Cultures &#x00C9;trang&#x00E8;res (Universit&#x00E9; Roma Tre) et en &#x00C9;tudes M&#x00E9;di&#x00E9;vales (Universit&#x00E9; Paris- Sorbonne). Ses recherches portent sur les chansons de geste et la tradition &#x00E9;pique carolingienne, ainsi que sur la transmission et la r&#x00E9;&#x00E9;criture de l&#x2019;&#x00E9;pop&#x00E9;e m&#x00E9;di&#x00E9;vale. Elle a &#x00E9;t&#x00E9; chercheuse invit&#x00E9;e &#x00E0; l&#x2019;Universit&#x00E9; de Galway et ing&#x00E9;nieure d&#x2019;&#x00E9;tudes &#x00E0; l&#x2019;universit&#x00E9;s de Padoue, ainsi qu&#x2019;&#x00E0; l&#x2019;Institut de Recherche et d&#x2019;Histoire des Textes et &#x00E0; l&#x2019;&#x00C9;cole nationale des chartes &#x00E0; Paris. Elle exerce actuellement les fonctions de post doctorante &#x00E0; l&#x2019;Universit&#x00E9; libre de Bruxelles dans l&#x2019;Unit&#x00E9; de Recherche sociAMM.</bio>
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